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CHAPITRE XX

loin de la, ils ont droit à la liberté, à la direction de leur piopre destinée, au fruit de leur travail, à toutes les jouissances de la vie et de la famille; mais partout où ils ont possédé ces avantages, ils ne paraissent pas avoir été capables de s’élever au niveau des sociétés civilisées de la race blanche, et j’envisage en conséquence qu’ils sont incapables de vivre sur un pied d’égalité sociale avec les

blancs, sans devenir un élément de désordre dans la société1.

feans èti e assez préparé pour indiquer les privilèges politiques dont ils seraient en état de jouir maintenant, je n hésite pas à dire que devant la loi ils devraient être égaux aux autres hommes. L’usage qu’ils feraient du droit de posséder, de témoigner devant les tribunaux, de passer des contrats, d’acheter et de vendre, de choisir leui domicile, fournirait d’amples occasions de montrer, dans un temps relativement court, quels droits politiques il convient de leur dispenser graduellement et en toute sécurité. Aucun homme n’a droit à un bien dont il est incapable de faire usage. Nos plus précieux privilèges ont été acquis peu à peu, et je ne puis, en conséquence, trouver qu il soit juste ou prudent d’accorder immédiatement aux nègres tous les droits que nous avons conquis par de longs efforts. L’histoire nous enseigne quels terribles bouleversements ont suivi des changements trop considérables et trop prompts. Prenons garde de faire, au début, des concessions trop fortes aux nègres, de peur que plus tard il ne devienne nécessaire de leur retirer des privilèges dont ils pourraient faire usage à leur détriment aussi bien qu’au nôtre. Tout ceci se rapporte aux

1 Je crains que cette expression d’égalité sociale ne soit mal comprise ici. Elle s’applique seulement aux rapports des deux races en tant qu’ils peuvent affecter l’organisation de la société dans son ensemble et non point aux relations sociales superficielles ou locales, telles que l’usage en commun des choses et des lieux publics, etc.

AGASSIZ. SES VUES SUR LA RACE NOIRE

noirs pur sang du Sud. Quant aux mulâtres, particulièrement ceux des États-Unis du Nord, j’ai déjà dit que, selon moi, leur existence même ne serait probablement que transitoire et que toutes les lois qu’on élaborerait pour eux, devraient être faites dans le but de hâter leur disparition des États du Nord.

Je répondrai maintenant à quelques-unes de vos questions plus directes :

1° Est-il probable que la race africaine persiste dans ce pays ou sera-t-elle absorbée, diluée et finalement effacée par la race blanche ?

Je crois qu’elle se perpétuera dans les États du Sud, et j’espère qu’elle s’éteindra graduellement au Nord où elle n’a qu’un pied-à-terre artificiel, et où elle est représentée essentiellement par des mulâtres qui, par eux-mêmes, ne constituent pas une race.

2° Le mélange des races, favorisé par l’esclavage, deviendra-t-il plus général après l’abolition de cette institution ?

Comme il est le résultat des vices engendrés par l’esclavage, on peut espérer que l’émancipation des noirs, en assurant la reconnaissance légale de leurs unions entre eux, tendra à diminuer ces croisements contre nature et par conséquent le nombre de ces malheureux mulâtres. Ce qui me fait croire que la population de couleur disparaîtra graduellement dans le Nord, c’est essentiellement le fait que cette population n’augmente pas là où elle existe actuellement, mais qu’elle est constamment alimentée par une immigration du Sud. Les mulâtres de cette région sentent plus vivement que les noirs la fausseté de leur position au Sud et sont plus disposés que les individus de pur sang noir à se réfugier au Nord. Otez le joug qui pèse actuellement sur la population de couleur et le courant sera immédiatement renversé ; les noirs et

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