CHAPITRE XX
les mulâtres du Nord rechercheront le beau soleil du Sud. Mais je ne vois pas de raison d’entraver l’augmentation de la population noire dans les États du Sud. Le climat lui convient, le sol récompense par une riche moisson le plus petit travail. Le pays ne peut guère être cultivé sans un danger réel ou imaginaire par l’homme blanc, et celui-ci, par conséquent, n’entrera probablement pas en concurrence avec le nègre pour les travaux des champs, et lui laissera ainsi toute chance de subvenir facilement à ses besoins.
3° Dans les régions où les noirs et les mulâtres réunis forment de soixante-dix à quatre-vingt-dix pour cent de la population, y aura-t-il, après l’abolition de l’esclavage, une immigration suffisante de blancs pour contrebalancer la prépondérance numérique des noirs ?
Pour répondre à cette question, nous devons tenir compte du mode de distribution des populations blanches et de couleur dans les États les plus méridionaux. Les blancs habitent invariablement les bords de la mer et les terres elevées, tandis que les noirs sont répandus sur les terres basses. Cette distribution particulière est rendue nécessaire par les conditions physiques du pays. En été, les terres basses ne sont pas habitables pour les blancs entre le coucher et le lever du soleil. Tous les planteurs et, dans les régions les plus malsaines, tous leurs employés de race blanche sont obligés de se rendre chaque soir au bord de la mer, ou dans les forêts voisines, et ne reviennent à la plantation que dans la matinée ; ce n’est qu’en hiver et après la première gelée, que le pays est habitable partout. Ce fait limite nécessairement l’aire qui peut être occupée par les blancs et qui, dans quelques États, est déjà très restreinte en comparaison de celle que peuvent habiter les noirs. Il est donc évident qu’avec une population de noirs libres, jouissant des mêmes droits que les autres citoyens, ces États deviendront tôt
AGASSIZ. SES VUES SUR LA RACE NOIRE
ou tard des États de nègres, contenant une population blanche comparativement faible. C’est inévitable. Nous ne pourrions pas plus changer les lois de la nature qu’éviter ce résultat. Il se pourrait que, dans un certain sens, le résultat fût satisfaisant, mais toute politique basée sur une perspective différente de celle que je viens d’indiquer, occasionnera des désappointements.
4° Comment empêcher les blancs de prendre la part du lion dans le travail des noirs ?
C’est une question à laquelle mon manque de connaissance des occupations de la classe ouvrière m’empêche de donner une solution. Ne serait-il pas possible d’appliquer à la surveillance des ouvriers nègres un système analogue à celui qui règle les devoirs des travailleurs libres dans toutes nos fabriques ? Je serais heureux de pouvoir aller plus loin et de vous présenter un plan d’action conforme aux convictions que je viens d’exprimer, mais j’ai peu d’aptitude pour l’organisation en général et, en outre, le sujet est si nouveau que je 11e puis rien proposer de bien précis.
Toujours votre dévoué
Le Dv S.-G. Hoive à Louis Agassiz.
(Trad. de l'anglais.)
New-York, le 18 août 1863.
Mon cher Agassiz,
Je ne puis m’empêcher de vous témoigner ma reconnaissance pour vos deux lettres et pour votre empressement à répondre à ma demande.
Soyez assuré que je m’efforcerai de garder mon esprit libre, et ouvert à toute conviction raisonnée de toute prévention et que je me garderai bien de me faire une théorie quelconque avant d’avoir étudié un grand nombre