AGASSIZ. LA RACE NOIRE
intelligence moyenne, autant je suis disposé, le ciel dût-il tomber, à admettre ces droits et à pratiquer ces devoirs. Non seulement je soutiendrai le principe de liberté complète, d’égalité de droits et de privilèges, aiiisi que l’égal accès aux distinctions sociales, mais j’irai même jusqu’à admettre une politique de fusion, bien qu’à présent elle me paraisse choquante et dégradante. Mais le ciel ne tombera pas, et nous ne serons pas appelés à favoriser une politique qui ne serait pas d’accord avec les instincts naturels et les goûts cultivés.
On pourrait supposer le cas où une race supérieure devrait se soumettre à la triste nécessité de mélanger son sang et de l’avilir; par exemple, dans une île isolée, ou dans un pays qui aurait à expier une injustice prolongée et des souffrances imposées à une race opprimée. Mais ce cas est à peine admissible, parce que, même en ce qui paraît une punition ou une expiation, la loi d’un développement harmonique finit par prévaloir. Dieu ne punit pas les injustices et les violences commises quelque part en exigeant que nous les commettions ailleurs. Némésis elle-même porte plutôt une houlette pour nous guider qu’une verge. Nous n’avons pas besoin de faire un pas en arrière, mais seulement un pas de côté pour rentrer aussitôt dans la bonne voie.
L’esclavage a détourné et compromis le cours de notre développement; en altérant notre sang national, en diminuant ses qualités, il a produit de monstrueuses difformités au physique comme au moral. C’est lui qui entretenait la traite des Africains et qui attribuait au sang de couleur une haute valeur, afin d’empêcher son extinction dans la lutte avec une race plus vigoureuse; c’est lui qui a formé et multiplié une forte race noire et engendré une race faible de mulâtres. Par lui de nombreux représentants de l’une et de l’autre ont été chassés vers le Nord, en dépit du climat meurtrier pour eux, à la recherche