‹ Louis AgassizChapitre 289 sur 387 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

d une demeure où, de leur libre choix, ils ne se seraient jamais établis. C’est donc en supprimant l’esclavage, et seulement ainsi, que nous éloignerons cette cause de désordres et que nous donnerons plein jeu aux lois natu-

I elles; et cette mesure fera, je crois, disparaître la population de couleur des États du Nord et du Centre, si ce n est du continent entier, devant la race blanche plus vigoui euse et plus prolifique. Le devoir des hommes d’État seia alors de favoriser par de sages mesures l’application de ces lois et le maintien du sang national dans toute sa pureté.

L’existence de la population de couleur dans les États du Nord et du Centre est pour nous une difficulté. Eh bien, tout en accordant à chaque être humain les droits que nous réclamons pour nous-mêmes, et en nous rappelant qu’il existe parmi les gens de couleur des cas isolés de supériorité individuelle, nous devons, je crois, admettre (pie le mulâtre est un hybride et que son existence n’est ni naturelle, ni désirable. Ce mélange des races a pris actuellement des proportions formidables par suite de difféi entes causes, mais particulièrement de l’esclavage.

II faut- combattre ces maux et les diminuer par de bonnes lois, tout en éclairant l’opinion publique. On peut obtenir beaucoup de cette manière.

Les uns proclament le mélange comme le vrai remède, s appuyant sur la théorie d’après laquelle, en ajoutant une proportion toujours plus forte de sang blanc au sang noii, celui-ci finira par être tellement dilué qu’il deviendra inappréciable et disparaîtra. Ils oublient que nous ne devons pas faire de mal, même pour en retirer du bien, que ce qui est ne peut être changé, et qu’une bouteille d’encre répandue dans un lac en trouble les eaux pour jamais.

D’autres prétendent que le croisement des mulâtres ne peut se prolonger au delà de quatre générations; en

AGASSIZ. LES ÉTUDES A CAMBRIDGE

d’autres termes, que, pareil aux conditions anormales et maladives, il se limite lui-même et que le corps social en est ainsi purgé.

En présence de cette théorie et d’autres encore, il est de notre devoir de recueillir tous les faits et tous les renseignements possibles, afin de jeter la lumière sur les différentes faces de cette question. Personne ne peut en répandre autant que vous l.

Votre dévoué

Samuel G. Howe.

Personne ne nous blâmera sans doute d’avoir jusqu’ici, dans cette biographie d’Agassiz, donné la plus grande place à ses travaux scientifiques et au musée créé par lui. Toutefois, le moment est venu d’indiquer, au moins en passant, la part importante qu’il prit au développement de l’instruction à Cambridge. Le collège Harvard était pour lui une préoccupation constante. Il s’était en quelque sorte identifié avec cette institution; il l’aimait, il voulait l’agrandir, la perfectionner sans cesse et en faire un grand foyer de culture intellectuelle, aussi bien pour les lettres et pour la philosophie que pour les sciences naturelles. Jamais, quand il se trouvait à Cambridge, il ne manquait d’assister aux réunions du Conseil académique. Il travailla activement à l’introduction de conférences universitaires et contribua en grande partie à leur organisation, désirant qu’elles fussent largement ouvertes à tous les étudiants.

1 Dans cette correspondance, une ou deux phrases des lettres d’Agassiz ont été tirées d’une troisième lettre non achevée, qui u a jamais été envoyée au Dr Howe ; elles se rapportaient si directement à ce sujet, qu’il nous a paru convenable de les ajouter ici.

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