CHAPITRE XX
Les deux lettres qu’on va lire montrent bien, ce nous semble, le caractère des relations qu’il soutenait avec ses collègues et où le respect mutuel et l'affection s’unissaient à la plus complète liberté d’opinion et de parole.
Quelques phrases d’un discours d’Emerson, inexactement rapportées à Agassiz, furent l’occasion de cette correspondance.
Louis Agassiz à Ralph Waldo Emerson.
(Trad. de l’anglais.)
Le 12 décembre 1864.
Mon cher Emerson,
Si votre première conférence sur les Universités m’a été fidèlement rapportée, je suis presque disposé à vous chercher querelle pour avoir manqué une excellente occasion de m’aider à favoriser les vrais intérêts de notre Université. Vous dites que l’histoire naturelle prend une trop grande prépondérance parmi nous, qu’elle n’est pas proportionnée aux autres branches, et vous donnez à entendre qu’il ne serait pas mauvais de mettre un frein à l’enthousiasme du professeur qui en est la cause. Ne voyez-vous pas que le moyen d’arriver à un développement bien proportionné de toutes les études de l’Université n’est pas d’entraver celle de l’histoire naturelle, mais de stimuler toutes les autres. Ce n’est pas l’école de zoologie qui va trop vite, ce sont les autres qui vont trop lentement. Ceci a l’air d’une critique et peut-être un peu d’une vanterie, mais la comparaison vient de vous, non de moi. En tout cas, j’en suis persuadé, vous n’avez pas mis le doigt sur le meilleur remède au manque d’équilibre. S’il faut couper la branche la plus vigoureuse pour obtenir la symétrie, mieux vaut, à mon sens, un peu d’irrégularité çà et là.