CHAPITRE XX
ait jamais essayé de mettre cet enseignement à la portée des élèves arriérés, soit par l’habileté du maître, soit par des leçons particulières. Je me souviens toujours de mes efforts inutiles et de mes sollicitations auprès de mon répétiteur pour un secours qu'il était bien embarrassé de me donner. Et, aujourd’hui encore, je vois ces deux années de mathématiques imposées sans discernement à tous les étudiants, au grand détriment de leur temps et de leur santé — qu’on ait de l’oreille ou qu’on n’en ait pas, il faut apprendre la musique.
Certes, il est naturel et louable que chaque professeur exalte son département, et en fasse, s’il le peut, le premier du monde. Mais il va de soi que cette tendance doit être soumise à une autorité supérieure — qu’elle soit remise à un seul ou à plusieurs — chargée de maintenir l’ordre général. Sans cela, des branches importantes pourraient être négligées, comme l’histoire naturelle l’a été à Oxford et à Harvard jusqu’à nos jours. Et maintenant l’histoire naturelle semble obtenir la prépondérance que les mathématiques avaient ici et le grec à Oxford. Je ne serais point fâché qu’il en fût ainsi, car la nature nous intéresse tous et pas du tout l’algèbre. Mais la nécessité de tenir en bride les professeurs trop envahissants est indispensable, vous en conviendrez avec moi, j’en suis sûr. Remarquez d’ailleurs que mon allusion aux naturalistes n’est qu’accessoire dans l’exposé de mes plaintes.
Mais ma lettre devient ridiculement longue. N’oubliez pas, je vous prie, que c’est vous-même qui l’avez attirée sur votre tête. Je ne me souviens pas d’avoir jamais été jusqu’ici dans le cas de donner des explications sur aucun de mes discours.
Toujours avec une entière considération, votre dévoué
R.-W. Emerson.