‹ Louis AgassizChapitre 298 sur 387 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

liste, en fut vivement impressionné. Ses compagnons et lui vivaient habituellement sur le lleuve même; le pont clu steamer était transformé tantôt en laboratoire, tantôt en salle à manger ou en dortoir. Souvent, lorsqu’ils passaient très près des bords du lleuve ou lorsqu’ils glissaient entre les nombreuses des qui divisent en bras étroits son immense largeur, le bateau se trouvait ombragé par le dôme immense des arbres touffus et chargés de lianes qui croissent sur les deux rives. Mais le spectacle était encore plus magnifique, lorsqu’ils abandonnaient le cours principal de l’Amazone pour suivre les canaux cachés dans la forêt. Conduits par des Indiens, ils naviguaient alors dans leurs montaricis , espèce particulière de bateau dont une des extrémités est protégée contre le soleil ou la pluie par un petit toit en chaume. Les rayons du soleil ne pénètrent qu’avec peine dans les étroits passages « igarapés » où, sous une voûte de verdure, se glissent les montarias. On s’arrêtait pour la nuit, et parfois pour quelques jours, dans les villages indiens ou dans les cabanes isolées qui se trouvent sur les rives de la plupart des lacs et des cours d’eau. Le long de ce réseau de courants d’eau douce qui traversent des forêts où l’on ne peut pénétrer qu’en bateau, la plus misérable hutte a son canot et son débarcadère. Avec sa montaria, son hamac, sa plantation de bananes et de manioc, et sa cabane pour laquelle la forêt lui fournit tous les matériaux, l’Indien de l’Amazone est pourvu de tout ce qui lui est nécessaire.

Parfois aussi nos voyageurs s’installaient d’une façon moins primitive dans les villes ou villages

AGASSIZ. VOYAGE AU BRÉSIL

situés sur le bras principal du lleuve ou dans son voisinage immédiat, à Manaos, à Ega, à Obydos et ailleurs: partout où ils séjournaient, plus ou moins longtemps, les travaux scientifiques étaient poursuivis sans aucune interruption. Personne ne restait oisif.

A partir de Rio de Janeiro, Agassiz eut pour compagnon un jeune Brésilien, officier du génie, le major Coutinho. Connaissant parfaitement l’Amazone et ses affluents, habitué aux Indiens au milieu desquels il avait souvent vécu, il était à tous égards le meilleur compagnon de voyage qu’on eût pu souhaiter. Agassiz quitta la vallée de l’Amazone en avril et employa les deux derniers mois de son séjour au Brésil à des excursions le long de la côte, particulièrement dans les montagnes près de Ceara et dans celles des Orgues, non loin de Rio de Janeiro.

Ce voyage, du commencement à la fin, réalisa ses plus brillantes espérances. M. Thayer, qui s’était montré si généreux à l’égard de l’expédition, continua à la soutenir puissamment jusqu’à ce que le dernier spécimen eût été placé au musée. La tâche d’ Agassiz fut d’ailleurs considérablement facilitée par l’intérêt et la bienveillance de l’empereur du Brésil et la bonne volonté de ses agents qui aplanirent toutes les difficultés.

En partant, il s’était imposé deux sujets d’étude. D’abord la faune des eaux douces du Brésil, qui lui otfrait d’autant plus d’attrait qu’il avait commencé sa carrière scientifique par un ouvrage sur les « Poissons du Brésil ». En second lieu les glaciers, dont il pensait retrouver plus ou moins les traces jusque

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