CHAPITRE XXII
cl la coopération, appelés à des postes scientifiques importants, preuve évidente de l’influence du musée qui pouvait ainsi fournir au pays un grand nombre de professeurs et d’investigateurs. Les vers suivants de Lowell étaient vraiment prophétiques :
O était un maître. Pourquoi pleurer celui dont la voix, toujours vivante, fait encore vibrer l’air?
Dans un cortège sans fin, ses élèves fidèles viendront Répandre la lumière de son glorieux enseignement.
Outre ces jeunes gens, le musée avait engagé, en permanence ou momentanément, plusieurs naturalistes expérimentés. Les uns étaient à la tête des différents départements, tandis que d’autres prêtaient leur concours à des recherches spéciales. Parmi les premiers, nous nommerons leur doyen M. J. -G. Anthony, qui s’occupait de conchyliologie depuis quarante ans déjà, lorsqu’il entra au musée en 1863; jusqu’à sa mort, survenue vingt ans plus tard, il resta dévoué à cet établissement. Parmi les collaborateurs momentanés, citons M. Léo Lesquereux, le premier botanistepaléontologue des États-Unis, le géologue Jules Marcou et F. de Pourtalès, sous les auspices duquel les collections de coraux acquirent toujours plus d’importance. Ce dernier fut attaché définitivement au musée et en partagea plus tard la direction avec Alexandre Agassiz. A ces divers collaborateurs, on avait eu, deux ans auparavant, la bonne fortune d’adjoindre un entomologiste distingué, le Dr Hermann Hagen, de Kônigsberg, qui s’attacha toujours plus à l’institution et occupa, en outre, une place de professeur à l’Université Harvard. Son concours fut extrêmement précieux à Agassiz pendant. les dernières
AGASSIZ. LE MUSÉE DE CAMBRIDGE
années de sa vie. Un nouvel et important auxiliaire fut le Dr Franz Steindachner, de Vienne, qui arriva au printemps de 1870, pour classer définitivement les collections de poissons du Brésil, et passa deux années aux États-Unis. Grâce à ces renforts, Agassiz put suffire aux exigences de sa tâche. Parmi ces professeurs et ces aides, les uns étaient salariés, d’autres participèrent gratuitement pendant des années aux travaux du musée; c’était le cas de François de Pour talés, Théodore Lyman, James M. Barnard et Alexandre Agassiz. La partie financière de l’établissement était remise aux soins du beau-frère d’ Agassiz, Thomas G. Gary, qui avait déjà rendu des services signalés en faisant des collections sur la côte du Pacifique pendant les loisirs que lui laissaient ses affaires personnelles.
On est étonné de tout ce qui fut fait pendant cet été de 1870 par Agassiz ou à son instigation, malgré le triste état de sa santé. Ses lettres seules concernant le musée rempliraient un gros volume; nous ne pouvons les reproduire ici, mais les détails minutieux qu’elles contiennent nous montrent que l’ouvrage quotidien de chaque employé et la place meme de chaque spécimen lui étaient connus. Plusieurs de ces lettres contiennent des considérations sur l’avenir du musée et des directions pleines de sollicitude pour le temps où il ne pourrait plus s’en occuper lui-même.
En racontant la carrière scientifique d’Agassiz aux États-Unis, ainsi que les succès et le généreux appui qu’il y rencontra, j’ai laissé jusqu’ici la première place à ce côté brillant et heureux de sa vie. Cependant, il ne faut pas oublier que, comme tous les hommes