AGASSIZ. LES SARGASSES
comme habitants des sargasses et quelques-uns dont j’ignorais la présence parmi ces algues. Jusqu’ici, la plus intéressante découverte de notre voyage a été celle d’un nid construit par un poisson et qui flotte en plein Océan avec son contenu vivant. Le 13, un de nos officiers, M. Mansfield, m’apporta une boule de sargasse qu’il venait de retirer de la mer et qui excita vivement ma curiosité; ronde et grosse comme les deux poings, elle était composée de rameaux et de feuilles, serrés étroitement les uns contre les autres, et retenus ensemble par de fins filaments se croisant dans toutes les directions, tandis que d’autres rameaux pendaient plus librement le long des bords. Dès qu’on l’eut placée dans un grand vase rempli d’eau, il devint évident que ces rameaux libres servaient à faire flotter la boule centrale comme un berceau. Les filaments élastiques qui la reliaient présentaient par intervalles de petits grains, tantôt deux ou trois réunis, ou formant une grappe, tantôt plus ou moins espacés. Il n’y avait aucune régularité dans la distribution de ces grains; ils étaient épars assez uniformément dans la boule et avaient à peu près la grosseur d’une tête d’épingle ordinaire. Évidemment, nous avions sous les yeux ün nid de la plus singulière espèce et rempli d’œufs. Mais quel animal pouvait donc l’avoir construit ? Nous ne tardâmes pas à découvrir à quelle classe il appartenait. Grâce à une petite lentille de poche, nous pûmes apercevoir dans ces œufs une tête avec deux grands yeux et une queue recourbée sur le dos, comme on la voit dans l’embryon des poissons ordinaires peu avant l’éclosion. Comme il se trouvait dans le nid beaucoup de cases déjà vides, on pouvait espérer que quelques autres embryons se débarrasseraient bientôt de leur enveloppe. En attendant, une certaine quantité de ces œufs contenant les embryons vivants furent détachés et mis dans des bocaux séparés pour augmenter les chances de les conserver,