CHAPITRE XXIII
tions jurassiques dont je viens de parler, l’apparition simultanée des Crinoïdes avec les nombreux fossiles des
I écifs de coraux, et leur présence dans les atolls de cette période, sont des preuves convaincantes de mon assertion. Pourquoi donc trouvons-nous le Pentacrinus et le Rhizociinus des Antilles seulement dans des eaux profondes?
II me semble qu il n’y a qu’une explication à donner, c’est que dans les modifications successives de la terre, nous devons nous attendre à un déplacement des conditions fa\ 01 aides à la conservation de certains types inférieurs dont les formes rappellent celles des premiers âges. C’est dans ce sens qu’en vous écrivant, il y a quelque temps, j’ai allusion à la probabilité de trouver, à de grandes piofondeurs, des représentants des plus anciens types géologiques, et si mon explication est juste, ma prévision doit 1 êti e aussi. Mais les eaux profondes de notre époque piésentent-elles en effet les conditions nécessaires au développement de la vie animale, telle qu’elle existait dans les mers profondes et obscures des âges géologiques passés ? Je crois qu’elles s’en rapprochent, autant du moins que cela est possible dans l’ordre actuel des choses sui la terre; car les profondeurs de l’Océan peuvent seules î eplacer les animaux sous une pression correspondante à la lourde atmosphère des premières périodes. Sans doute, une pression aussi énorme, la rapide diminution de la lumière, la faible quantité d’oxygène, sans parler de l’uniformité des conditions d’existence, de la rareté et du peu de variété des substances nutritives, sont autant de causes contraires au développement de la vie supéiieuie dans le fond de 1 océan. C’est pourquoi je me suis toujouis attendu à ne rencontrer dans ce milieu que des animaux inférieurs à ceux des bas-fonds ou du voisinage des côtes.
La corrélation que j ai indiquée ailleurs (voir mon « Essai sur la classification ») entre le degré de perfection
ACtASSIZ. voyage du hassler
des animaux et les formations géologiques justifie cette autre expression du même fait: que les représentants des premières époques doivent se trouver dans les eaux profondes.
En tout ceci rien ne confirme la théorie que les animaux qui vivent maintenant sont les descendants directs de ceux des anciens âges. Il serait aussi exact et aussi conforme à la nature d’assurer que les terrains tertiaires se déposent encore entre les tropiques, parce que les mammifères du miocène ressemblent à ceux de la zone torride.
Nous en avons un autre exemple avec le Pleurotomaria. Pictet lui-même, dans la seconde édition de sa « Paléontologie », considère encore ce genre comme éteint et appartenant aux formations fossilifères comprises entre les périodes silurienne et tertiaire. Cependant, on a reconnu récemment que ce genre existe, et l’un de ses spécimens a été découvert aux Antilles, il y a une dixaine d’années. Mais des espèces vivantes recueillies à Marie- Galante on ne connaît que les caractères spécifiques de la coquille. Eh bien, nous en avons retiré un exemplaire à cent vingt brasses de profondeur à l’ouest des Barbades et nous l’avons gardé vivant vingt-quatre heures, pendant lesquelles l’animal s’étendait et nous permettait d’étudier ses remarquables caractères. Sans aucun doute, c’est le type d’une famille distincte, entièrement différente des autres mollusques auxquels jusqu’ici il a été rattaché. M. Blake en a fait de beaux dessins coloriés qui seront
publiés plus tard La famille des Pleurotomariæ compte
de quatre à cinq cents espèces fossiles que l’on trouve déjà dans les dépôts siluriens, mais en beaucoup plus grand nombre encore dans les formations carbonifères et jurassiques.
Les éponges présentent un autre cas intéressant. Lorsque parut, il y a environ un demi-siècle, la première livraison du grand ouvrage de Goldfuss sur les fossiles