CHAPITRE XXIII
d Allemagne, les types les plus nouveaux et les plus importants qu’il fit connaître furent quelques genres d’éponges des couches jurassiques et crétacées décrits sous les noms de Siphonia, Chemidium et Scyphia. Rien de pareil jusqu’à nos jours n’avait été découvert en fait de spécimens vivants; mais le premier dragage près des Barbades nous procura un Chemidium ou du moins une éponge si ressemblante au Chemidium fossile, qu’il reste a déterminer s il y a la moindre différence générique entre notre éponge vivante et la fossile. Le jour suivant, on retira une véritable Siphonia, autre genre connu seulement par les couches jurassiques; il est bon de rappeler que dans la collection du gouverneur Rawson j’avais vu et remarqué une éponge de cette même espèce, prise à la ligne sur la côte des Barbades. Ainsi les trois genres caractéristiques des éponges de la formation secondaire, que 1 on croyait absolument éteints, sont tous représentés dans les eaux profondes des Antilles
Un fait analogue nous est fourni par une autre famille d êtres organisés. S’il existe un type d’échinodermes propre à caractériser une époque géologique, c’est le genre Micraster de la formation crétacée, dans sa circonscription originale. On ne connaît aucune espèce de ce genre dans 1 époque tertiaire et l’on n’en a encore trouvé aucune espèce vivante. Vous pouvez donc vous figurer ma surprise lorsque la drague nous amena trois spécimens d’une petite espèce de ce groupe particulier, qui est le plus largement représenté dans les couches crétacées supérieures.
On pourrait mentionner d’autres exemples moins importants, mais il suffit d’ajouter que mon attente s’est déjà réalisée jusqu’à un certain point, puisqu’à de grandes profondeurs j’ai trouvé des animaux connus, il est vrai, mais encore excessivement rares dans les musées
AGASSIZ. VOYAGE DU HASSLER
Il y a peu de chose à dire du trajet des Antilles à Rio de Janeiro. Le temps fut variable et la monotonie du voyage ne fut interrompue que par le passage de poissons volants, les ébats d’une troupe de marsouins ou par la vue de quelque voile à l’horizon. A Rio de Janeiro, il devint évident que l’itinéraire devait être modifié, soit à cause des défectuosités delà machine, source d’ennuis pour le capitaine, soit par suite des retards éprouvés avant le départ et qui 11e permettaient plus de visiter en temps convenable certaines régions intéressantes. On dut donc renoncer, non sans un vif désappointement, à visiter les îles Falkland, le Rio Negro de Patagonie et la rivière Santa Cruz. Le dernier arrêt eut lieu à Montevideo, mais comme on devait subir une quarantaine très sévère, Agassiz fut seul autorisé à débarquer et à se rendre à l’ouest de la baie sur une colline dont il désirait examiner la structure géologique. Il y trouva de vrais terrains erratiques, des graviers, du granit, du gneiss et de la molasse granitique, répandus partout et n’ayant aucune analogie avec les roches du voisinage. La colline elle-même présentait le caractère des roches moutonnées, façonnées par la glace, que l’on voit dans l’hémisphère Nord. Ce fait lui parut d’autant plus intéressant qu’il se produisait dans la région la plus septentrionale de l’hémisphère Sud où l’on eût constaté des traces de glaciers.
Tout en faisant des sondages dans les parages du Rio de la Plata et le long de la côte, le bâtiment se dirigea vers le golfe de Mathias, baie large et profonde qui s’avance de quelques centaines de milles dans l’intérieur des terres et qui est située un peu