CHAPITRE XXIII
méduse, ne mesurait pas moins de cinquante centimètres ; une autre, à peu près de même taille, portait trente-sept bras ou rayons et ressemblait à un énorme tournesol pourpre. On retira également beaucoup de petits oursins. Le second dragage se fit à environ cinquante milles au nord du cap Virgens par une mer assez tranquille, et cette fois la drague revint complètement pleine d’ophiurus.
Le 13 mars, par une matinée claire comme les plus beaux jours d’octobre dans la Nouvelle-Angleterre, le Iiassler doubla le cap Virgens et entra dans le détroit de Magellan. La marée montante l’aida à gagner son premier mouillage dans la baie de la Possession.
Ici l’on forma deux détachements ; nous ne parlerons que de celui dirigé par Agassiz. Après les premières falaises de la côte, le pays s’élève à environ quatre cents pieds au-dessus de la mer en une succession de huit terrasses régulières et horizontales; sur ces terrasses, composées de dépôts tertiaires comme les falaises, on découvrit deux curieux restes des temps passés. Premièrement, un étang d’eau salée dans une dépression de la seconde terrasse à cent cinquante pieds au-dessus de la mer; il contenait des coquilles marines vivantes, identiques à celles du rivage, entre autres des Fusus, Mytilus, Buecinum, Fissurella, Patella et Voluta, toutes dans les mêmes proportions numériques que celles observées actuellement sur la côte. Cet étang est beaucoup au-dessus du niveau des marées; il ne peut donc être qu’un ancien lit de l’Océan, soulevé à une époque relativement récente. On découvrit ensuite une véri-
talile moraine correspondant à tous égards à celles de l’hémisphère nord; elle avait en elfet tous les caractères des moraines terminales d’un glacier actuel et était composée de matériaux hétérogènes, de cailloux et de blocs empâtés de gravier et de sable. Le glacier s’était évidemment avancé depuis le Sud, car la masse, pressée de ce côté, était restée si escarpée que la végétation n’avait guère pu s’y établir. Le côté nord, au contraire, descendant en pente douce, bien que formé de gravier et de gros cailloux, s’était recouvert de terre végétale et de plantes. Les pierres et les blocs de cette moraine étaient polis, striés et entaillés, portant ainsi tontes les traces ordinaires de l’action glaciaire. Agassiz fut enchanté de cette découverte qui lui prouvait une fois de plus que le phénomène du drift, aussi bien au sud qu’au nord, était en relation avec l’action de la glace, et que les régions glacées arctiques et antarctiques n’étaient que les restes d’une vaste nappe de glace qui, des zones tempérées des deux hémisphères, avait graduellement reculé jusqu’aux cercles polaires.
Toujours favorisé par un temps magnifique, le Hassler jeta l’ancre aux îles Elisabeth et à San-Magdalena où Agassiz eut tout le loisir d’examiner les nids des pingouins et des cormorans, dont on put se procurer de beaux exemplaires. Le 16 mars, le navire s’arrêta à Sandy-Point, le seul établissement permanent du détroit. On fit là une halte de plusieurs jours dont Agassiz profita pour jeter le filet et augmenter sensiblement ses collections marines. Grâce à l’amabilité du gouverneur, il put aussi visiter les mines «le charbon. Les falaises escarpées et boisées que l’on