CHAPITRE XXIII
anses bien fermées et fréquentes dans ces parages sont le salut des navigateurs.
L expédition étant confinée pendant quelques jours flans ce port, le comte de Pourtalès en profita pour taire 1 ascension d’une montagne voisine. Jusqu’à la hauteur de quinze cents pieds, les roches présentaient les surfaces polies et arrondies qu’Agassiz avait constamment remarquées pendant son trajet dans le détroit. Au-dessus de cette limite, tout était aussi déchiqueté et anguleux que dans n’importe quelle vallée des hautes Alpes. Des observations aussi restreintes ne permettaient pas de décider si ces ellets provenaient d’une action glaciaire locale ou s’ils se rattachaient à la grande période glaciaire des anciens âges; mais Agassiz put constater que ces deux ordres de phénomènes se trouvaient ici réunis, comme dans l’hémisphère septentrional. L’aspect général des parois opposées du détroit le confirma dans son idée que la nappe de glace, dans sa précédente extension, s’était avancée du sud au nord en se frayant un passage dans la plaine par dessus la paroi septentrionale. Il avait ainsi la preuve qu’une vaste nappe de glace avait recouvert les parties australes du globe aussi bien que les parties boréales, s’avançant des deux points opposés bien loin dans la direction de l’équateur.
Préoccupé de ces faits, il ne manqua pas de s’arrêter à la baie du Glacier, remarquable par son immense glacier qui, vu du canal, semble plonger directement dans la mer. L’accès en fut plus difficile qu’il ne le semblait à distance. Une large ceinture d’arbres croissant sur ce qu’Agassiz reconnut être une ancienne moraine terminale, barrait entièrement
la vallée inférieure. Chose curieuse, cette foret, touchant d’un coté à la mer et de l’autre au glacier d’où s’échappait un torrent, était émaillée de Heurs. Les clochettes rouges du Desfontainia à feuilles brillantes, les charmants boutons roses du Phylesia et les baies écarlates du Pennetia ressortaient sur un fond de mousse qui tapissait les troncs d’arbres et les rochers.
Après une heure de marche, rendue pénible par la nature spongieuse du sol, mélangé de sable et de végétaux en décomposition dans lesquels on enfonçait jusqu’aux genoux, on aperçut la glace briller à travers les arbres, et en sortant de la foret on se trouva en face d’une paroi du glacier, qui, entrecoupé de profondes fissures, de crevasses et de grottes d’un bleu d’azur, s’étendait à travers toute la vallée sur une largeur d’environ un mille.
La première course fut une simple reconnaissance, mais le jour suivant on obtint des données plus exactes sur les dimensions et sur la structure du glacier.
On jeta l’ancre pour la nuit dans la crique Playa- Parda, l’une des plus belles du détroit de Magellan et qui rappelle les Fiords de la Norvège. On y pénétra par une gorge profonde et étroite du côté nord; à l’autre extrémité, elle s’élargit en une espèce de bassin bordé de rochers abrupts, couverts de forêts et dominés par des champs de neige et de glace. Le lendemain, à trois heures et demie du matin, au moment où les premiers rayons du soleil allaient colorer les sommités des montagnes, on sonna le rappel pour ceux qui devaient se rendre à la baie du Glacier. Cette fois Agassiz avait divisé sa troupe de manière à