CHAPITRE XXIII
ce (|ue chacun pût agir d’une manière indépendante, tout en suivant un plan général. Le comte de Pourtalès et le D1 Steindachner firent l’ascension de la montagne sur la gauche de la vallée et en suivirent l’arête dans 1 espoir d atteindre une position d’où ils pourraient découvrir 1 origine du glacier et le dominer dans toute sa longueur. Celle-ci fut évaluée à trois milles environ. Ils mesurèrent une crevasse dont les bords étaient extrêmement durs et tranchants; elle avait une profondeur d’environ soixante et dix pieds. La convexité du glacier était si prononcée que, dans le milieu, il ne devait pas mesurer moins de deux ou trois fois 1 épaisseur des bords, par conséquent, deux cents pieds au moins.
Les glaciers du détroit de Magellan sont en général beaucoup plus larges que ceux de la Suisse, mais n atteignent probablement pas leur épaisseur. Les montagnes étant moins hautes et les vallées moins profondes que dans les Alpes, le glacier peut se développer et s’élargir à l’aise. Quelques-uns des explorateurs voulant déterminer le degré de vitesse de sa marche, avaient planté à cet effet, le jour précédent, des jalons pour leur servir de points de repère. Au milieu du jour ils constatèrent que le glacier avait avancé d’un peu plus de dix pouces dans l’espace de cinq heures. Naturellement, une observation isolée comme celle-là ne peut avoir qu’une valeur relative.
Agassiz s était réservé l’étude de la baie qui avait formé 1 ancien lit du glacier. Il passa la journée à croiser dans ces parages, à bord du canot à vapeur, s arrêtant partout où il désirait poursuivre ses investigations. Son premier soin fut d’examiner minutieu-
sement les rochers jadis recouverts par la glace. Ses traces se voyaient aussi nettes qu’en Suisse; les roches moutonnées étaient arrondies, polies, striées et entaillées dans la direction du mouvement du glacier, c’est-à-dire du sud au nord.
Les anciennes moraines, nombreuses et admirablement conservées, excitèrent l’attention d’Agassiz; l’une d’elle, de taille colossale, était à deux milles environ plus bas que l’extrémité actuelle du glacier et à cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Elle se composait des mêmes matériaux que ceux de la moraine terminale, les uns en partie arrondis et usés, tandis que de grands blocs anguleux reposaient sur de plus petits. Cette moraine formait une digue qui, barrant l’ouverture de la vallée, retenait les eaux d’un magnifique lac de mille pieds de longueur, sur cinq cents de largeur et l’enfermait exactement comme c’est le cas du lac Mœrjelen au bord du glacier d’Aletsch. Des blocs erratiques, trouvés deux ou trois cents pieds plus haut, prouvaient que le glacier devait avoir eu plus de cinq cents pieds d’épaisseur lorsqu’il déposa ces matériaux. Le rapport direct de cette moraine avec le glacier, tel qu’il existait jadis, était encore démontré par deux autres moraines situées plus bas. On en trouva aussi à l’entrée de la baie au sommet de quelques petites îles; elles se sont toutes formées lorsque le glacier, dont on pouvait constater les oscillations, s’étendait jusqu’au principal chenal, c’est-à-dire trois milles plus loin.
Le mouvement central, comme dans les glaciers de la Suisse, est plus prononcé que celui du bord, mais il y avait eu, semble-t-il, plus d’un axe de progrès-