‹ Louis AgassizChapitre 345 sur 387 · AGASSIZ. LES FUÉGIENS · texte numérisé non relu

AGASSIZ. LES FUÉGIENS

Le temps était favorable ; une crique d’eau douce conduisait à un ruisseau romantique se précipitant à travers une gorge toute tapissée de fougères et de lichens et bordée d’arbres couverts de mousse. Les pêches faites sur le rivage procurèrent entre autres des étoiles et des anémones de mer, des volutes, des oursins, des méduses et des doris. Le filet jeté dans les flaques de la grève ramena aussi une grande quantité de poissons.

Au moment où l’on était réuni autour du feu pour se reposer et pour prendre le repas du soir avant de retourner au navire, on fut supris par une visite aussi singulière qu’inattendue. Un bateau doubla soudain l’un des promontoires et bientôt on reconnut qu’il contenait des Fuégiens, hommes, femmes, enfants avec des chiens, leurs inséparables compagnons. Les hommes seuls débarquèrent au nombre de six ou sept et s’approchèrent de la tente. Rien n’était plus grossier et plus repoussant que leur extérieur où apparaissait seule la brutalité du sauvage, non relevée par la force physique et la virilité. Tous étaient pour ainsi dire nus, car on ne pouvait guère appeler vêtement le court lambeau de fourrure attaché au cou et pendant sur le dos jusqu’à la ceinture. Ils avaient le ventre ballonné, la taille voûtée, les membres grêles; d’un air enfantin, mais rusé, ils se mirent à ramper jusqu’au feu et tendant les mains vers sa douce chaleur, ils criaient tous ensemble :

« Tabac ! Tabac ! Galletta ! » (du biscuit). On n’avait pas de tabac, mais il restait quelques débris du repas, du biscuit et du porc salé, qu’on leur distribua et qu’ils dévorèrent avec avidité. Après quoi l’un d’eux,

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