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CHAPITRE XXIV

et sont trop basses pour qu’on puisse s’y tenir autrement que couché ou accroupi. Sur le devant est une petite place noircie par le feu ; à côté, un grand tas de coquilles vides montre qu’ils ne quittent leur campement qu’après en avoir épuisé les coquillages dont ils se nourrissent essentiellement. Ils se transportent alors en un autre endroit, coupent quelques branches, reconstruisent leur frêle abri et reprennent le même genre de vie. Peu soucieux du lendemain, ils errent çà et là, nus et sans foyer, par la neige, les brouillards et la pluie, comme ils l’ont fait de tout temps, ne demandant à la terre qu’une bande de rivage avec une poignée de bois sec pour faire du feu et à l’Océan assez de coquillages pour ne pas mourir de faim.

Le 27 mars, le Hassler ayant atteint le détroit de Smythe, jetait l’ancre à la tombée de la nuit dans la baie d’Otway qui ressemble à un lac parsemé d’iles. Le mont Burney, de formes imposantes et couvert de neige, était en partie voilé par le brouillard; le lendemain, par un temps clair, on longea la chaîne du Sarmiento, ainsi que le « Snowy Glacier » qui fut visible toute la journée. On n’aurait pu voir une glace d’un bleu plus intense et plus pur, ni des champs de neige d’une blancheur plus immaculée.

Le 28, on mouilla à Maynes Harbor, l’une des jolies anses de l’ile de Owen où l’on fut retenu vingtquatre heures par un accident survenu à la machine. Quoique la cause de cet arrêt fut fâcheuse, il tourna à l’avantage des naturalistes. Agassiz et M. de Pourtalès en profitèrent pour constater ici, comme au détroit de Magellan, les surfaces arrondies et moutonnées des

AGASSIZ. VOYAGE DU HASSLER

roches de cliorite et de syénite. Au delà d’une étroite ceinture de forêts s’élevaient des collines humides et désertes, recouvertes d'une maigre végétation de mousses, de lichens et d’une grossière herbe de marais; plus loin, au milieu de rochers en décomposition, apparaissaient une quantité de petits lacs. Tout était aride et inanimé; aucun chant d’oiseau, aucun bourdonnement d’insecte ne venait interrompre le silence de ces solitudes; dans la mousse pas plus que sous les pierres on ne put recueillir aucun être vivant. J1 n’en fut pas de même sur le rivage. La drague et les filets fonctionnèrent avec succès toute la matinée et l’on recueillit aussi d’abondantes collections dans les petites anses de la côte. Agassiz trouva deux nouvelles méduses et, inspiré par la localité, il donna à ITme le nom de Capitaine Mayne, et à l’autre celui de Professeur Oiuen. Les oiseaux aussi semblaient être moins rares; on tua quelques oies et un canard; l’un des officiers prétendit avoir vu des oiseaux-mouches voltiger autour du ruisseau où l’on s’approvisionna d’eau douce.

Le 30, de grand matin, au milieu du silence de la nature, le Hassler se dirigea du côté de la baie de Tarn. C’était un magnifique dimanche de Pâques; un vent léger, un ciel bleu où couraient quelques nuages, tout semblait promettre le beau temps; mais de tels présages sont souvent trompeurs dans ces régions humides et une forte pluie, accompagnée d’un épais brouillard, survint dans l’après-midi. Cette nuit, pour la première fois, le Hassler dut se passer de port et s’abriter simplement derrière une ile. Un grand feu, allumé sur terre et entretenu pendant toute la nuit, servit de phare et de point de repère au navire.

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