‹ Louis AgassizChapitre 349 sur 387 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

l’Océan même, elles lui rappelaient la Suisse et ses jeunes années. Selon lui, le coucher clu soleil de cette soirée, avec sa coloration rose sur les montagnes neigeuses et la pâleur mate qui lui succéda, était la reproduction exacte du coucher du soleil dans les Alpes.

11 espérait pouvoir continuer son voyage par le détroit qui sépare l’ile de Chiloë de la terre ferme, afin de se rendre compte des rapports géologiques existant entre le détroit de Smythe et celui de Magellan. Mais le capitaine, ayant examiné les récifs de l’entrée et manquant de bonnes cartes du canal, dut renoncer à tenter le passage à son grand regret autant qu’à celui d’Agassiz. Il fallut donc longer la côte occidentale de Chiloë, et le 8 avril on jeta l’ancre à Aneud par une journée splendide qui permettait de voir distinctement le pic volcanique d’Osorno et toute la chaîne blanche des Cordillères.

Pour des gens qui avaient vécu si longtemps loin de toute région habitée, cette petite ville avec ses maisons dispersées sur de fertiles coteaux autour du port semblait être le centre même de la civilisation. On dit qu’il pleut à Aneud trois cent soixante-cinq jours par an, mais ce jour-là le soleil y brillait dans tout son éclat et les habitants avaient l’air de jouir de ce rare privilège. Des Indiens, qui avaient traversé la rivière dans la matinée pour vendre leur lait à la ville, étaient pittoresquement groupés autour de leurs seaux vides, les femmes enveloppées de leurs longs châles, les hommes def leurs ponchos avec le chapeau rabattu sur le visage. Les paysans transportaient aux champs les engrais dans des auges

AGASSIZ. VOYAGE DU HASSLER

de bois tirées par des bœufs vigoureux; les lessiveuses lavaient et battaient leur linge le long de la route; les jardins, même des plus pauvres maisons, étaient entourés de buissons de fuchsias sauvages; tout, en un mot, paraissait joyeux et gracieux dans cette petite ville. Agassiz n’avait à sa disposition que deux ou trois heures pour ses observations de géologie, mais cela lui suffit pour se convaincre de l’identité des dépôts glaciaires avec ceux du détroit de Magellan; seulement ils reposent ici sur un sol volcanique.

On ne s’arrêta à Lota que pour prendre du charbon et, le 15 avril, après être entré dans la baie de la Conception, on jeta l’ancre à Talcahuana où l’on devait passer trois semaines pour réparer la machine. Cette curieuse ville toute primitive est bâtie au fond de l’un des plus beaux ports de la côte du Pacifique. Agassiz eut la bonne fortune de trouver, grâce a l’obligeance du capitaine Johnson, une maison en partie meublée, dans laquelle plusieurs grandes chambres donnant sur la cour furent converties en laboratoires; il s’y établit avec ses aides. On comprit bientôt dans la ville qu’on pourrait lui vendre toutes les créatures imaginables; aussi les gamins ne tardèrent-ils pas à envahir la maison. Du matin au soir, il se faisait un trafic incessant d’oiseaux, de coquillages et de poissons; de plus, les Indiens venaient en troupes se faire photographier.

Le voisinage offrait de charmantes promenades et des buts d’excursions, et Agassiz trouva la géologie de cette région si intéressante qu il se décida à faire par terre le trajet de Talcahuana à Valparaiso pour

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