CHAPITRE III
midi, le temps changea et les torrents de pluie qui nous inondaient nous forcèrent à chercher un gîte dans le bourg riant de Rosenheim (Bosquet de roses), sur les bords de rinn, où je vis pour la première fois cette rivière d’origine helvétique. Je la saluai comme une compatriote et j’aurais voulu changer son cours pour la charger de mes amitiés aux habitants du pays qui la voit naître. Le lendemain, Mahir nous accompagna encore jusqu’aux bords du lac; là nous primes un bateau pour nous transporter aux îles et nous nous séparâmes de notre cher conducteur.
Arrivés sur la première île, nous fûmes très désappointés de ne pas y trouver Braun et ses compagnons; mais nous le fûmes bien plus encore en ne les rencontrant pas non plus sur la seconde. Nous pensâmes que le mauvais temps et le brouillard de la veille les avaient obligés à faire le tour du lac, car ici il avait plu tout le jour. Cependant pour les atteindre avant Salzbourg, nous gardâmes notre bateau et nous nous fîmes conduire à la rive opposée, à Grabenstadt, où nous arrivâmes le soir à dix heures. Dans l’après-midi, le temps s’était un peu éclairci et nous jouîmes d’un spectacle magnifique en nous éloignant des îles et en les voyant disparaître dans le crépuscule. Je pris aussi différents renseignements sur les habitants des eaux de ce lac; je vis entre autres avec grand plaisir, chez un des pêcheurs, un salut pris dans ce lac et une espèce de chevenne qui ne se trouve pas en Suisse et que les pêcheurs appellent poisson de Notre Dame, parce qu’il ne se trouve qu’aux bords de l’ile, sur laquelle est un couvent de Notre Dame et parce que les nonnes le recherchent comme un mets délicat.
Le troisième jour de notre voyage nous amena à Traunstein où, quoique ce fût un dimanche, il y avait ûn grand marché de chevaux. Nous vîmes avec intérêt ces joyeux Tyroliens avec leurs grandes plumes de tétras à leurs
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chapeaux pointus, chantant et « jodelant » dans les rues, avec leurs belles au bras, et lançant avec finesse leurs sarcasmes sur notre accoutrement, qui prêtait bien matière à rire à des gens habitués à ne voir que leur chalet et pour lesquels c’est déjà un grand voyage que de venir à la foire du bourg le plus rapproché de leurs montagnes. Il était midi quand nous arrivâmes à Traunstein; de là à Salzbourg, il n’y a que cinq lieues; mais avant d’atteindre la forteresse, il faut passer la grande douane qui se trouve sur la frontière bavaroise, et craignant d’y être arrêtés trop longtemps par les gabelous autrichiens, pour pouvoir entrer en ville avant la fermeture des portes, nous résolûmes de ne partir que vers le soir et d’aller coucher à Adelstætten, joli village à une lieue de Salzbourg et dernier poste bavarois.
Il commençait à faire nuit, quand nous approchâmes d’un petit bois qui nous le cachait. Là, nous demandâmes à un paysan à quelle distance nous en étions encore; après nous avoir satisfaits, il crut nous faire bien plaisir en ajoutant que nous trouverions bonne compagnie dans le village; qu’il y était arrivé trois Handwerkslursche et que nous serions sûrement bien aises de trouver des camarades pour nous aider à passer le temps pendant la soirée. Nous ne fûmes pas étonnés d’avoir été pris pour des ouvriers; car, dans ces contrées, quiconque voyage le sac au dos est par là même un misérable ouvrier (Tcnote)
Arrivés au village, nous eûmes le plaisir d’y trouver, au lieu de garçons ouvriers, nos compagnons qui venaient comme nous de Traunstein, où la foule les avait empêchés de nous voir, quoiqu’ils y fussent restés aussi longtemps que nous. Ils s’étaient arrêtés à Adelstætten également par crainte de la douane. Enfin, le lundi à dix heures nous passâmes sur le long pont de la Saala, au milieu des habits blancs à revers jaunes qui montaient la garde.