CHAPITRE III
En passant la frontière bavaroise, nous avions à peine remarqué la douane et le nom d’étudiant avait suffi poui nous laisser passer sans montrer nos passeports; ici, au contraire, ce fut une raison de plus pour nous fouiller à extinction. « N’avez-vous pas des livres défendus ? » fut la première question qui vint réjouir nos oreilles. Pai grand bonheur, avant de passer le pont, j’avais conseillé à Trettenbach de cacher son livre de chansons dans le revers de sa botte, car je suis sûr que si on l’avait trouvé, il eût été confisqué. En fouillant le sac de Braun, un des gabelous découvrit une coquille comme celles qu’on ramasse par corbeilles sur les bords du lac de Neuchâtel. Son premier mouvement fut d’entrer au bureau pour demander si cette coquille ne devait pas payer 1 impôt; c’était sûrement pour faire de fausses perles et sans doute nous devions en avoir davantage. Nous eûmes toutes les peines du monde à lui faire comprendre que la rivière qui coule à cinquante pas de la douane en est garnie.... Après tout cela, il nous fallut encore x ider notie bourse pour montrer que nous avions assez d’argent pour notre voyage et que nous n’aurions pas besoin de mendiei pour nous tirer d’affaire.
Pendant qu'on nous questionnait ainsi, un autre gabelou tournait autour de nous pour examiner notre contenance. Après nous avoir retenus deux grandes heuies sui les braises, on nous rendit nos passeports et nous continuâmes notre route. A une heure, nous arrivâmes à Salzbouig, affamés comme des loups; mais à la porte de la mile il nous fallut encore attendre et donner nos passeports, dont on nous délivra des reçus, au moyen desquels nous pouvions réclamer à la police des cartes de séjour. Arrivés à l’auberge, nous envoyâmes un garçon de la maison poulies chercher et nous nous mîmes à table; mais il revint bientôt avec la nouvelle que nous devions nous y présenter nous-mêmes dans un délai de deux ou ti ois heui es.
AGASSIZ A MUNICH
Ici, ou ne nous fit pas d’autre difficulté que celle de mettre pour condition à notre séjour, que nous ne paraîtrions pas en ville en habits d’étudiants, ce costume étant défendu en Autriche, et on pria Moré de se faire couper les cheveux, sans quoi on les lui raccourcirait gratis. Au surplus, à notre âge, nous dit-on, il ne convenait plus d’aller sans cravates. Par bonheur, j’en avais deux avec moi. Braun s’attacha un mouchoir de poche autour du cou. Ce qui nous étonna aussi beaucoup, fut de voir qu’on n’inscrivait pas nos noms sur la liste des voyageurs, imprimée tous les soirs. Chose pareille arriva à d’autres étudiants, quoique les personnes qui se trouvaient avec eux dans le même char et la même auberge, aient figuré sur cette liste avec leurs enfants. 11 paraît que c’est un moyen de plus d’empêcher les étudiants de se réunir
Cette lettre se termine brusquement et si le récit de ce voyage a été achevé, nous n’en avons pas retrouvé le dernier chapitre. Quelques extraits de la correspondance d’Alexandre Braun avec sa famille nous donneront une idée du genre de vie qu’Agassiz et son ami menaient à l’ Université U
Alexandre Braun à son père.
(Trad. de l'allemand.)
Munich, le 18 novembre 1828.
.... Voici comment nous avons distribué nos occupations pour ce semestre. On peut dire que nous commençons à avoir conscience de nous-mêmes à cinq heures et demie
1 Voir Alexander Braun’ s Leben, par sa fille, Mmc Cécile Mettenius, Georg Reimer, Berlin.