CHAPITRE XXIV
d’autre argument pour convaincre les géologues de l’exactitude de mon assertion. J’ai recueilli moi-même beaucoup de ces fossiles dans des couches qui reposent sur le charbon.
Votre bien dévoué
Le 28 avril Agassiz, accompagné de Mme Agassiz et du Dr Steindachner, quitta Talcahuana pour se rendre en poste à Curicu, à une demi-journée de Santiago, où commence le chemin de fer. Le voyage fut charmant ; malgré l’approche des grandes pluies le ciel resta constamment pur. La route traverse en grande partie une région agricole où l’on cultive le maïs, le blé et la vigne. Dans ce lointain pays dont les saisons sont à l’inverse des nôtres, on faisait en ce moment la moisson et la vendange. La route était partout animée par les scènes les plus pittoresques. On rencontrait par troupes des centaines de mulets chargés de sacs de maïs, des charrettes singulières et primitives criant sous le poids d’immenses jarres remplies de moût et des groupes joyeux de villageois en habits de fête; les femmes, parées de leurs châles aux couleurs voyantes, étaient tantôt à pied, tantôt en croupe derrière leurs maris, toujours à cheval, dont les brillants ponchos et les hères allures donnaient au tableau une vie et un cachet particuliers. Faute de ponts, il fallait traverser les torrents et les rivières, soit à gué, soit sur des radeaux ou des bacs; ce qui donnait lieu à des incidents aussi amusants qu’imprévus. On pouvait en passant jeter un coup d’œil sur les huttes, ou ranchos grossièrement construits de troncs et de branches d’arbres entrelacées; d’abord fraîches