‹ Louis AgassizChapitre 352 sur 387 · AGASSIZ. DE TALCAHUANA A SANTIAGO · texte numérisé non relu

AGASSIZ. DE TALCAHUANA A SANTIAGO

comme un berceau de verdure, elles deviennent plus tard semblables à un chaume desséché. Sur le devant de ces demeures se trouve un espace assez large, abrité sous l’avant-toit de paille et occupé par des taltles et des bancs rustiques. C’est là que les femmes travaillent, que les enfants jouent et que les muletiers prennent leur repas composé de vin et de tortillas (galettes de maïs), tandis qu’à côté d’eux leurs bêtes de somme dévorent avidement leur provende.

La contrée était parfois fort belle. Le troisième jour, une plaine sablonneuse, n’ayant pour toute végétation qu’un mimosa épineux, succéda aux champs fertiles arrosés par de nombreux cours d’eau. Cette plaine est située entre les montagnes de la côte et les Cordillères. A mesure qu’on pénétrait dans l’intérieur, la vue de cette grande chaîne devenait plus imposante. Dorés par les lueurs du couchant, les pics, les parois abruptes déchirées, les sommités volcaniques se dessinaient sur le ciel dans toute leur beauté sauvage; mais rien ici ne rappelait le charme des Alpes suisses. Privées de pentes vertes à leur pied el de ces riches pâturages que l’œil suit jusqu’aux hauteurs rocheuses, les Andes, du moins dans cette partie, s’élèvent arides, sévères et dénudées de la base au sommet, comme un mur de forteresse où ne croit ni arbre, ni buisson, ni aucune verdure et dont la monotonie n’est coupée que par les couleurs vives et variées des rochers. On s’arrêta pour la nuit dans les petites villes situées le long de la route, à Tomée, à Chilian, à Linarez, à Talca, à Curicu, et une fois, à défaut d’hôtel, dans une hacienda (ferme) hospitalière.

Page 1