AGASSIZ. DE TALCAHUANA A SANTIAGO
Cependant entre Curicu et Santiago, en face de la gorge de Tenon, j’ai vu deux moraines latérales distinctes et parallèles, composées essentiellement de blocs volcaniques qui reposent sur l’ancien drift et qui, par leur position, indiquent la marche d’un grand glacier qui descendait jadis des Andes de Tenon et traversait la vallée principale, sans cependant s’étendre au delà de la pente orientale des montagnes de la côte. Ces moraines sont si bien marquées qu’elles sont connues partout dans le pays sous le nom de « Cerillos de Tenon », mais personne ne se doute de leur origine glaciaire; les géologues mêmes de Santiago leur attribuent une origine volcanique... Ce qui est difficile à décrire dans l’exposé de ce phénomène, ce sont les pas rétrogrades et successifs de la grande nappe de glace australe, à mesure qu’elle a abandonné des régions plus ou moins vastes de la vallée, en sorte qu’il a pu se former, le long du bord en retrait de cet énorme glacier, de grands lacs glaciaires qui semblent avoir toujours existé. Il s’en suit naturellement que sur des dépôts anciens non stratifiés reposent partout des terrasses stratifiées se trouvant à des niveaux plus hauts ou plus bas, selon qu’on se dirige au nord ou au sud. La plus septentrionale de ces terrasses est la plus ancienne, tandis que la plus méridionale est la plus récente. De ces faits, je conclus que ma théorie explique bien la direction des stries sur les roches polies du voisinage de Talcahuana, ainsi que je vous l’ai dit dans le post-scriptum de ma dernière lettre
Agassiz se reposa un ou deux jours à Santiago, où il fut accueilli, comme partout clans ce pays, avec amabilité et cordialité. La ville lui préparait une réception officielle, mais l’état de sa santé ne lui permit pas, ici plus qu’ailleurs, d’accepter ces bon-