CHAPITRE XXIV
on se trouvait en présence d’une grande soufflure de lave, percée d’une ouverture à travers laquelle on pouvait apercevoir le fond d’une vaste cavité souterraine. Toute l’histoire de cette étendue de lave était clairement écrite sur ces débris noircis et calcinés. On voyait en imagination la pluie de feu sillonnant l’air et s’abattant sur la contrée, les rouges scories volant de tous côtés et les fournaises embrasées vomissant leurs lleuves de feu.
Ces lies sont le séjour favori de grands iguanes rouges et oranges dont on captura plusieurs. Du reste, par les particularités de leur faune, elles avaient pour nous un intérêt marqué et contribuèrent grandement à enrichir nos collections.
Louis Agassiz au professeur Peirce.
En face de Guatemala, le 29 juillet 1872.
Notre visite aux îles Galapagos a été pleine d’intérêt en ce qui concerne la géologie et la zoologie, On éprouve une profonde impression en voyant un archipel étendu, de formation très récente, habité par des êtres si différents de tous ceux qui nous sont connus dans les autres parties du monde. Nous avons ici une limite fixe sur la longueur du temps qu’il a fallu pour la transformation de ces animaux, si vraiment ils descendent en manière quelconque de ceux qui occupent d’autres points du globe. Les Galapagos en effet sont si peu anciennes que quelques-unes de ces îles ont à peine eu le temps de se couvrir d’une maigre végétation qui leur est propre. Quelques parties du terrain sont entièrement dénudées et beaucoup de leurs coulées de lave et de leurs cratères sont si récents que les agents atmosphériques n’ont pas encore pu les
AGASSIZ. ARRIVÉE A SAN-FllANCISCO
modifier. Leur existence, par conséquent, ne remonte pas même à la dernière période géologique; elles appartiennent, géologiquement parlant, à notre temps.
D’où viennent donc les animaux et les plantes qui s’y trouvent? S’ils descendent de quelque autre type apparnant à un pays voisin, il ne faut donc pas des périodes d'une longueur incommensurable pour la transformation des espèces, comme le prétendent les partisans actuels de l’évolution, et le mystère d’un changement pareil avec des différences si marquées et si caractéristiques entre les espèces vivantes, n’en est qu’augmenté et ramené au niveau du mystère de la création. S’ils sont autochthones, à quel germe doivent-ils leur existence? Je crois que des observateurs scrupuleux, en considérant de tels faits, reconnaîtront que notre science n’est pas encore assez avancée pour pouvoir discuter à fond l’origine des êtres organisés
Ce qui reste à dire de la fin du voyage peut être résumé en quelques lignes. A Panama, différentes affaires relatives au Coast Survey nécessitèrent un arrêt qui fut employé à faire de belles collections dans la baie et sur l’isthme. Il en fut de même à San-Diego, où l’on passa d’agréables journées. C’était la dernière station du Hcissler qui arriva à San-Francisco et entra dans la Porte d’Or le 24 août 1872. Agassiz fut touché de l’accueil qu’il reçut dans cette ville. De tous côtés, on lui prodigua les attentions et les témoignages d’amitié, mais il était si fatigué qu'il ne put entreprendre aucune excursion à la belle vallée de Yosemite et aux arbres géants, et dut se borner à chercher un peu de repos et de tranquillité chez quelques amis. Le calme de la vie de famille lui devenait de plus en plus indispensable.