CHAPITRE III
du matin. L’heure de six à sept est réservée aux mathématiques, c’est-à-dire à la géométrie et à la trigonométrie, et nous sommes toujours fidèles à ce rendez- vous, à moins que notre professeur ne reste endormi, ou qu’Agassiz ne puisse se décider à sortir du lit, ce qui arrive quelquefois au commencement du semestre. De sept à huit, nous faisons ce que nous voulons, y compris le déjeuner. D’après la nouvelle méthode d’Agassiz de tenir le ménage, le café est préparé dans un ustensile employé pendant la journée à bouillir toute espèce de créatures pour en faire des squelettes; le même ustensile sert à préparer notre thé dans la soirée. A huit heures, nous avons le cours de clinique de Ringseis; comme ce professeur introduit un système médical entièrement nouveau, son cours est intéressant au point de vue général de la physiologie et de la philosophie. A dix heures, Stahl donne, cinq fois par semaine, une leçon de mécanique comme introduction à la physique. Nous assistons ensemble à ces cours, ainsi qu’à ceux que Wagler donne, deux fois par semaine, sur l’histoire naturelle des amphibies. Nous n’avons encore rien de midi à une heure; mais nous nous proposons de suivre certains cours spéciaux de Dollinger comme, par exemple, celui qui traitera des organes des sens.
A une heure nous prenons notre dîner, pour lequel nous avons enfin trouvé quelque chose de confortable et de régulier, dans une maison particulière, après avoir pris ce repas un peu partout pour le prix de neuf à vingt kreutzer. Ici, pour treize kreutzer par tête, nous recevons, en compagnie de quelques autres personnes que nous connaissons presque toutes, une nourriture bonne et proprement servie. Après le dîner, nous allons chez le Dr Waltl, avec lequel nous étudions la chimie en nous servant du Manuel de G-melin et où nous assistons aux expériences les plus intéressantes.
La semaine prochaine, de trois à quatre heures, nous
AGASSIZ A MUNICH
commencerons l’entomologie avec le Dr Berthy, trois fois par semaine. Le samedi, de une heure à deux, nous avons une leçon de physiologie expérimentale, autrement dit, de dissection, du D1' Œsterreicher, jeune professeur qui a écrit sur la circulation du sang. Comme Agassiz dissèque à la maison beaucoup d’animaux, particulièrement des poissons, nous faisons de rapides progrès dans l’anatomie. A quatre heures nous allons habituellement, une fois par semaine, entendre le cours de Oken sur la philosophie de la nature, auquel nous avons déjà assisté le semestre passé ; de cette manière nous sommes sûrs d’avoir de bonnes places pour le cours que Schelling donne immédiatement après. Il est rare d’entendre dans sa vie une série de leçons aussi instructives et entraînantes que celles de Schelling sur la philosophie de l’Apocalypse. Cela te paraîtra étrange, puisque jusqu’à présent on n’a pas cru que l’Apocalypse fût un sujet qu’on pût traiter philosophiquement, les uns le considérant comme trop
sacré et les autres comme trop irrationnel
Ceci nous amène à six heures, moment où les cours publics se terminent; nous retournons chez nous et c’est alors que commencent nos leçons particulières. Souvent Agassiz cherche à faire entrer dans nos cerveaux quelques règles et quelques phrases de français; souvent aussi nous avons une leçon d’anatomie, ou bien je lis à haute voix à William Schimper un ouvrage d’histoire naturelle générale. A propos, je vais réviser l’histoire naturelle des graminées et des fougères, familles dont j’ai fait une étude spéciale l’année passée. Karl Schimper nous enseigne la morphologie des plantes, sujet très intéressant et peu connu; il a douze auditeurs. Agassiz nous donnera occasionnellement, le dimanche, des leçons sur l’histoire naturelle des poissons. Tu vois que nous avons assez d’occupations.