‹ Louis AgassizChapitre 361 sur 387 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

leur avoir expliqué le but de l’établissement et exposé l’urgence de son achèvement, il leur demanda si, dans ces circonstances, le jour suivant devait être consacré au travail ou au repos. Tous répondirent : « Au travail » ! Le lendemain, dès l’aube, ils se mirent à l’ouvrage et avant la nuit les planchers étaient posés. Le lundi, on éleva des cloisons pour diviser l’étage supérieur en deux vastes dortoirs et le rez-de-chaussée en salles d’études. Le mardi, jour de l’ouverture, grâce au secours de quelques volontaires, principalement de dames qui s’intéressaient à l’école et qui étaient déjà arrivées depuis un ou deux jours, les dortoirs, encore encombrés de copeaux et de sciure, furent balayés, transformés en jolies chambres très présentables et pourvues de leur ameublement. Le nom de chaque élève était inscrit au-dessus de son lit. Quand tout fut prêt, les vastes salles avec leurs parois, leurs planchers, leurs plafonds de pin tout neufs, leurs longues Ides de lits blancs et leurs nombreuses fenêtres s’ouvrant sur la mer produisaient l’effet le plus engageant.

Tout à côté, la grange spacieuse de M. Anderson avait été nettoyée et on y avait posé en quelques heures un plancher neuf. A peine y avait-on donné le dernier coup de marteau que le steamer, chargé d’une nombreuse société, accostait le débarcadère. 11 restait à peine le temps de placer les sièges pour les assistants et d’arranger la table ornée de fleurs, autour de laquelle devaient s’asseoir les hôtes d’honneur et où Agassiz lui-même prit place, lorsque tous furent entrés. Cette grange, par ce beau jour d’été, se trouvait transformée en une salle de conférences qui avait

agassiz. l’école de penikese

bien son charme. Les hirondelles, dont les nids tapissaient les poutres du toit, voltigeaient de tous côtés en gazouillant doucement au-dessus de la tête des auditeurs ; par les larges portes ouvertes entrait la brise de mer, et les yeux se reposaient avec plaisir sur le ciel bleu et les vertes prairies.

Agassiz n’avait préparé aucun programme, aucun discours, comptant sur l’intérêt particulier de la circonstance pour lui inspirer ce qu’il aurait à dire. Mais lorsque son regard tomba sur ses élèves réunis par l’amour de l’étude, il se leva et, cédant à un mouvement irrésistible, il invita ses auditeurs à se recueillir pour rendre grâce à Dieu et implorer sa bénédiction. Toutes les tètes se courbèrent et pendant quelques minutes un silence religieux plana sur rassemblée; après quoi, d’une voix émue, il prononça une allocution qui ne fut ni moins intime, ni moins émouvante que cette prière muette h

Ainsi s’écoula, sans aucun trouble, cette journée qui n’avait pas été attendue sans anxiété. Les invités partirent déjà dans la soirée, tandis que cinquante à soixante élèves et professeurs restaient dans l’ile en compagnie des nombreuses mouettes qui y avaient établi leur demeure.

Nous n’entrerons pas ici dans d’autres détails sur la marche de cette école. C’était là une phase d’enseignement toute nouvelle, même [tour Agassiz dont l’expérience était grande dans ce domaine. La plupart de ses élèves étaient des hommes et des femmes d’àge mûr, qui donnaient des leçons depuis nombre d’an-

1 Cette scène est parfaitement décrite dans le poème de Whittier, intitulé : « La prière d’Agassiz ».

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