‹ Louis AgassizChapitre 39 sur 387 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Après avoir jeté un coup d’œil sur la « Petite Académie », revenons aux lettres de famille par lesquelles nous apprendrons d’abord que les collections d’Agassiz commençaient à prendre des proportions formidables, eu égard à la place qu’il pouvait leur réserver. Recueillies de différentes manières, soit par lui-même ou par des échanges, soit comme rémunération de la part qu’il avait prise aux arrangements du Musée de Munich, elles avaient déjà acquis, relativement à ses faibles moyens, une valeur pécuniaire considérable et surtout une grande importance scientifique. Elles comprenaient des poissons, quelques mammifères rares, des reptiles, des coquilles, des oiseaux, un herbier d’environ trois mille espèces de plantes et quelques minéraux. Après en avoir fait l’énumération dans une lettre à ses parents, il ajoute :

Vous pouvez bien penser que, maintenant que je ne puis plus m’en occuper, tous ces objets me sont à charge et que, faute de soins et de place pour les étaler, ils restent amoncelés et courent le risque de se gâter. Vous avez pu voir par mon énumération que mes collections réunies valent environ deux cents louis et c’est une évaluation si basse que même des marchands d’objets d’histoire naturelle ne balanceraient pas à les prendre pour ce prix. Vous comprendrez donc combien je tiens à les conserver intactes et je viens vous demander si vous ne pourriez pas me procurer un local pour les arranger; j’ai pensé que peut-être mon oncle de Neuchâtel aurait la bonté de consentir à ce qu’on plaçât une grande étagère dans une petite chambre de sa maison de Cudrefin, où, loin de gêner ou de répandre de l’odeur, ma collection pourrait être un ornement en la plaçant dans une armoire

AGASSIZ A MUNICH

vitrée ou de toute autre manière. Ayez la bonté de lui en faire la proposition et, s’il y consent, je vous donnerai alors des directions à cet égard. Réfléchissez que de là dépend en grande partie la conservation de mes collections et veuillez me répondre au plus tôt

Agassiz se hâtait alors de terminer ses « Poissons du Brésil » et de se préparer pour ses examens de docteur, dans l’espoir de pouvoir ensuite satisfaire ses goûts de voyages scientifiques. Cet ardent désir est exprimé à ses parents dans la lettre suivante, dont nous ne donnons que la seconde moitié, la première ne concernant que l’arrangement de ses collections et les soins à leur donner.

* Louis Agassiz à son père.

Munich, le 14 février 1829.

.... Il me reste maintenant à vous entretenir de sujets bien plus importants, puisqu’il ne s’agit plus de ce que je possède, mais de ce que je dois devenir. Il faut que je vous rappelle différents points que nous avons déjà touchés dans notre correspondance et sur lesquels il convient de revenir à présent.

1° Vous vous souvenez que la dernière fois que je quittai la Suisse, je vous promis d’obtenir le titre de docteur dans l’espace de deux ans et d’être en état, après avoir terminé mes études à Paris, de subir mon examen au Conseil de santé pour exercer la médecine;

2° Vous avez exigé cela de moi, vous vous en souvenez, pour que j’eusse une profession et vous m’avez promis également que, si les circonstances me favorisaient et si je pouvais faire mon chemin en suivant la carrière

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