CHAPITRE III
des lettres et de l’histoire naturelle, vous ne mettriez pas d’obstacle à mes vœux. Je sais bien aussi que vous ne voyiez dans le second cas d’autre obstacle que celui d’un exil de ma patrie et d’un éloignement prolongé de tous ceux qui me sont chers. Mais vous connaissez assez mes sentiments pour ne pas croire que je voulusse m’imposer volontairement un semblable exil; il s’agit donc de discuter sérieusement s’il ne serait pas possible de résoudre ces difficultés à la satisfaction de tout le monde, et de trouver le chemin le plus court pour arriver au but que je me suis proposé, depuis que j’ai commencé mes études médicales. Pesez mûrement toutes mes raisons, car il s’agit de ma satisfaction intérieure et de mon bonheur futur; examinez ma conduite sous tous les rapports, sous celui de citoyen vaudois et de fils, et je suis convaincu que vous ne pourrez que donner votre assentiment à mes projets. Voici quel est mon plan et les moyens que je propose pour y parvenir.
Je voudrais qu’on put dire de Louis Agassiz : « Il fut le premier naturaliste de son siècle, bon citoyen et bon fils, aimé de tous ceux qui le connurent. » Je sens en moi la force d’une génération entière pour travailler à ce but et je veux l’atteindre, si les moyens ne me manquent pas.
Il s’agit d’examiner quels sont ces moyens (Il donne
ici ses raisons pour préférer une chaire d histoire naturelle à la pratique de la médecine, puis il exprime 1 intention de chercher à obtenir en Allemagne un diplôme de docteur en philosophie.)
Mais comment obtenir une chaire de professeur, me direz-vous, c’est là le point critique 1 1l ne s’agit que de me faire un nom européen; je suis dans le meilleur chemin pour y parvenir. D’abord, mon ouvrage sur les « Poissons du Brésil » qui va paraître incessamment me fera sûrement connaître d’un manière favorable et je suis convaincu qu’il sera bien accueilli, car je sais que, lors de
AGASSIZ A MUNICH
l’assemblée générale des naturalistes et des médecins allemands à Berlin, en novembre dernier, la partie de cet ouvrage, qui était achevée et qui a été présentée à l’assemblée, a reçu des éloges auxquels je ne m’attendais pas; les professeurs qui me connaissent ont, en outre, parlé de moi d’une manière très avantageuse.
En second lieu, il se prépare à présent deux expéditions d’histoire naturelle; l’une par M. de Humboldt, dont vous connaissez sûrement la réputation et qui a déjà parcouru pendant plusieurs années les terres équatoriales du Nouveau Monde, accompagné de M. Bonpland; il se trouve maintenant à Berlin depuis plusieurs années et se prépare pour un voyage aux monts Ourals, au Caucase et aux confins de la mer Caspienne. Braun, Schimper et moi lui avons été proposés comme compagnons de voyage par plusieurs professeurs d’ici; mais il serait possible que ce fût trop tard, car M. de Humboldt est déjà décidé depuis longtemps à faire ce voyage, et il se pourrait qu’il eût déjà choisi les naturalistes qui devront l’accompagner. Quel bonheur ce serait pour moi de pouvoir faire partie de cette expédition dans un climat qui n’est nullement malsain et sous la direction d’un homme si généralement estimé, auquel l’empereur de Russie a promis secours et sauve-garde en tout temps et en toutes circonstances !
La seconde expédition a pour objet un pays tout aussi salubre et qui ne présente aucun danger aux voyageurs, c’est l’Amérique méridionale; elle s’effectuera sous la direction de M. Àckermann, connu comme agriculteur distingué et conseiller d’État du grand-duc de Baden. Je préférerais accompagner M. de Humboldt, parce qu’il est plus connu; mais si c’était trop tard, je suis assuré de
pouvoir faire partie de la seconde expédition Ainsi,
cela ne dépend que de votre consentement. Ce voyage durera deux ans, au bout desquels, heureusement de