‹ Louis AgassizChapitre 41 sur 387 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

retour dans ma patrie, je pourrai suivre avec toutes les facilités désirables la carrière que j’aurai choisie. Si même on avait besoin de moi à Lausanne, que je préférerais à toute autre localité, je pourrais consacrer ma vie à mes jeunes compatriotes, éveiller en eux le goût des sciences d’observation, qui sont fort négligées dans notre pays, et être ainsi plus utile au canton que je ne pourrais l’être comme praticien. Ces projets peuvent ne pas réussir, mais dans l’état actuel des choses, toutes les probabilités sont favorables; c’est pourquoi je vous prie d’y réfléchir sérieusement, de consulter là-dessus mon oncle de Lausanne et de me communiquer incessamment ce que vous en penserez

Nous verrons plus tard comment cet amour des voyages, ce besoin d’activité de l’enfant et du jeune homme, dispositions qui, après tout, n’étaient qu’une passion latente, se transformèrent complètement chez Agassiz. Plus tard, pendant des mois entiers, il pouvait rester enfermé dans son laboratoire concentré dans ses recherches scientifiques; il n’abandonnait son microscope que pour manger et dormir, donnant ainsi l’exemple d’une vie aussi sédentaire que celle de n’importe quel savant.

* M. Agassiz à son fils Louis.

Orbe, le 23 février 1829.

.... Ce n’est pas sans une bien vive émotion que nous avons lu ta lettre du 14, et je comprends que, pressentant l’effet qu’elle produirait sur nous tous, tu l’aies retardée autant que tu as pu. Cependant, mon ami, tu as eu tort;

AGASSIZ A MUNICH

prévenus plus tôt de tes projets, nous pouvions te procurer le choix de M. de Humboldt, dont l’expédition nous paraît à tous égards préférable à celle de M. Ackermann. La première embrasse un champ plus vaste; il s’agit plus encore de l’histoire des hommes que de celle des animaux ; celle-ci se borne à une exploration de côtes maritimes, où il y a sans doute à moissonner pour la science, mais bien moins pour la philosophie. Quoi qu’il en soit, ton père et ta mère, tout en déplorant le jour qui les séparera de leur fils aîné, ne mettent aucun obstacle à ses projets; ils prient Dieu de les bénir

Une lettre qu’ Alexandre Braun écrivait à son père, à la même époque, nous apprend comment se formèrent ces projets de voyage pour lesquels Agassiz avait ardemment sollicité le consentement de ses parents.

Alexandre Braun à son père.

(Trad. de l’allemand.)

Munich, le 15 février 1829.

.... Jeudi passé nous avons été chez Oken. On a parlé de toute sorte de choses intéressantes, qui nous ont amenés graduellement à l’Oural et au voyage de M. de Humboldt; Oken finit par nous demander si nous n’aimerions pas nous joindre à Humboldt. Nous approuvâmes chaudement cette proposition, en l’assurant que, s’il pouvait la faire réussir, nous serions prêts à partir du jour au lendemain. Agassiz ajouta vivement: « Oui, et s’il y avait quelque espoir qu’il nous prit avec lui, un mot de vous aurait plus de poids que toute autre chose. »

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