‹ Louis AgassizChapitre 42 sur 387 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La réponse de Oken fut assez froide; cependant, il promit d’écrire tout de suite à Humboldt en notre faveur.

Extrêmement joyeux de cette promesse, nous retournâmes chez nous très tard et par un beau clair de lune; Agassiz se roulait de joie dans la neige; nous étions tous d’avis que, malgré notre faible espoir de prendre part à l’expédition, le fait que Humboldt entendrait parler de nous n’était pas à dédaigner, ne fût-ce que pour oser lui dire un jour : cc Nous sommes les gaillards dont vous avez refusé la compagnie. »

Nos jeunes amis furent toutefois obligés de se contenter de cette perspective, car, après quelques semaines d’attente, leur brillante vision s’évanouit. Oken avait rempli sa promesse en les recommandant très chaudement à Humboldt ; mais celui-ci répondit que tous les arrangements de voyage étaient terminés et qu’il avait déjà choisi les deux personnes qui devaient l’accompagner, savoir : Ehrenberg et Rose.

Nous donnons ici le brouillon d’une lettre qu’ Agassiz écrivit à Cuvier quelque temps auparavant, probablement en 1828, à en juger d’après le contenu. Après avoir mentionné ses premières études, détails qui ne seraient ici que des répétitions, il ajoute :

Avant d’achever ma lettre, permettez-moi de vous demander quelques conseils, à vous que je révère comme un père et dont les ouvrages ont été jusqu’ici presque mon unique guide. Il y a cinq ans, on m’envoya à l’école de médecine de Zurich. A peine eus-je suivi quelques leçons d’anatomie et de zoologie que je ne rêvais que squelettes; j’appris aussi bientôt à disséquer et en peu de temps je me fis une petite collection de crânes d’animaux de différentes

AGASSIZ A MUNICH

classes; je passai ainsi deux ans à étudier ce que je trouvai dans le Musée de Zurich et à dépecer autant d’animaux que je pus m’en procurer. A cette époque, je fis même venir de Berlin un singe dans l’esprit de vin pour pouvoir en comparer le système nerveux avec celui de l’homme; je mis à contribution tous les petits moyens à ma portée pour apprendre et voir autant que possible. J’engageai alors mon père à me laisser aller à Heidelberg, où, pendant une année et demie, je suivis les cours d’anatomie de l’homme, de physiologie et d’anatomie comparée de M. Tiedemann: je passai à peu près un hiver entier dans l’amphithéâtre anatomique.

L’été suivant, j’assistai au cours de zoologie de M. Leuckart et plus tard à ceux de pétrifications de M. Bronn. A Zurich déjà, je ne pouvais me défendre du désir de voyager un jour comme naturaliste; à Heidelberg, ce désir ne fit qu’augmenter. Ce furent surtout mes fréquentes visites au Musée de Francfort et tout ce que j’y entendis raconter de M. Rüppell, qui me fortifièrent dans mon dessein, beaucoup plus que tout ce que j’avais lu jusqu’alors. Je me figurais être le compagnon de voyage de Rüppell; les difficultés à vaincre, les fatigues à supporter, tout m’était présent, ainsi que les trésors qu’il a tirés des déserts de l'Afrique et c’est le charme de la difficulté vaincue et de la satisfaction d’avoir réussi, qui a singulièrement contribué à faire prendre à mes études une direction convenable à mes projets. Je sentis que, pour atteindre plus sûrement mon but, il me fallait absolument achever mes études de médecine et c’est dans ce dessein que je vins à Munich il y a dix-huit mois; mais je ne pus me résoudre à abandonner les sciences naturelles. J’allai à quelques leçons de pathologie; mais bientôt je m’aperçus que je les négligeais, et, cédant à mon penchant, je me laissai entraîner de nouveau et je suivis consécutivement les leçons d’anatomie comparée de Dôllinger, d’histoire natu-

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