CHAPITRE III
relie de Oken, de minéralogie de Fuchs, puis d’astronomie, de physique, de chimie et de mathématiques.
Pour mettre le comble à cette désertion de la médecine, M. de Martius me proposa de décrire les poissons rapportés du Brésil par Spix; j’y consentis d’autant plus volontiers que de tout temps l’ichthyologie a eu mes préférences. Cependant, je n’ai pu y mettre tous les soins que j’aurais voulu, car M. de Martius, pressé d’achever la publication de tous ces ouvrages, m’a souvent obligé en quelque sorte à faire vite. Toutefois, j’espère ne pas avoir commis de fautes grossières et je le pouvais d’autant moins, que j’avais pour me guider sûrement les observations que vous avez bien voulu communiquer à M. de Martius sur les planches de Spix. Plusieurs d’entre elles n’étaient pas très exactes; elles ont été éliminées et dessinées de nouveau. Je vous prie, Monsieur, lorsque cet ouvrage vous parviendra, de bien vouloir juger avec indulgence le premier essai d’un jeune homme. J’espère l’achever dans le courant de l’été prochain et c’est alors que je vous prierai de bien vouloir me donner un conseil paternel sur la direction que mes études doivent prendre ultérieurement.
J’espère pouvoir rester encore deux ou trois ans à l’Université. Dois-je les consacrer à l’étude de la médecine? Je n’ai pas de fortune, il est vrai, mais je sacrifierais volontiers ma vie pour être utile un jour aux sciences naturelles. Quoique je ne puisse prévoir avec quels moyens je pourrai un jour voyager en pays étranger, je me prépare cependant depuis plus de trois ans, comme si je devais partir du jour au lendemain. J’ai appris à mettre en peau toute espèce d’animaux; j’en ai même déjà dépouillé de très gros; j’ai fait de plus de cent squelettes, tant de quadrupèdes que d’oiseaux, de reptiles et de poissons; j’ai éprouvé à peu près tous les liquides connus jusqu’ici pour conserver les animaux qu’on ne peut
AGASSIZ A MUNICH
ou qu’on ne doit pas mettre en peau, et j’ai pensé aux moyens d’y suppléer dans les contrées où il est impossible de s’en procurer.
Enfin, je me suis créé un compagnon de voyage dans la personne d’un jeune homme auquel j’ai inspiré le même amour pour les sciences naturelles; il est très bon chasseur et je lui fais prendre depuis longtemps des leçons de dessin, en sorte qu’à présent il est en état de dessiner d’après nature tout ce qu’on peut avoir besoin d’esquisser dans un voyage de long cours, même des squelettes. Nous passons souvent ensemble des moments délicieux en parcourant en idée toutes les régions inconnues du globe et en bâtissant ainsi des châteaux en Espagne.
Pardonnez-moi de vous entretenir de projets qui, au premier coup d’œil, peuvent paraître puérils, mais il suffirait de leur donner un but fixe pour les réaliser et c’est de vous, Monsieur, que je voudrais prendre conseil. Le désir qui me presse est si vif, que j’avais besoin de m’épancher auprès de quelqu’un qui me comprît et je m’estimerais le plus heureux des mortels, si j’avais trouvé en vous cette personne. Je suis tellement obsédé par cette idée qu’elle se présente à moi sous mille formes et tout ce que j’entreprends tend à atteindre ce but.
J’ai fréquenté pendant six mois l’atelier d’un forgeron et d’un menuisier pour apprendre à manier le marteau et la hache en cas de besoin; je m’exerce tous les jours au maniement des armes, soit du fusil, de la baïonnette et du sabre, en cas d’attaque. Je suis fort et robuste; je sais nager, je puis soutenir des marches forcées à outrance; j’ai fait par exemple plus d’une fois, et huit jours de suite, douze à quinze lieues chaque jour, en portant sur le dos un sac pesant, rempli de plantes et de minéraux, cela tout en herborisant et en observant les accidents du sol. En un mot, je me sens créé pour être un