CHAPITRE III
naturaliste voyageur; il ne me manque que de pouvoir régler la fougue qui m’emporte. C’est vous, Monsieur, que je veux prier d’être mon guide
Ce projet de lettre, terminé brusquement, ne porte ni signature, ni adresse; peut-être l’auteur manqua-t-il de courage au dernier moment et ne F expédia-t-il pas. Une lettre de 1827, adressée à Martius par Cuvier,
et trouvée parmi les papiers d’Agassiz, contient identiquement les mêmes observations sur les « Poissons de Spix », auxquels Agassiz fait ici allusion, en sorte que cette lettre était probablement destinée à l’illustre savant qui a exercé une influence si puissante
sur Agassiz pendant toute sa vie.
Au printemps de 1829, Agassiz obtint le diplôme de docteur en philosophie. Il ne pensait pas sans doute le substituer à celui de docteur en médecine, mais il y tenait par égard pour Martius qui désirait voir sur le titre des « Poissons du Brésil » le nom de son jeune collaborateur accompagné de la dignité de docteur, et parce qu’il estimait lui-même qu’il pourrait ainsi plus facilement obtenir une chaire de professeur. Il nous fait connaître par la lettre suivante, ce qui se passa à cette occasion :
* Louis Agassiz. à son frère Auguste.
Munich, le 22 mai 1829.
.... Il fallait passer ses examens immédiatement et comme les jours ici étaient déjà tous pris, près de deux mois à l’avance, pour des promotions, je me suis décidé à faire mes examens à Erlangen et j’ai engagé Schimper et
AGASSIZ A MUNICH
Michahelles à les subir eu même temps que moi pour m’éviter l’ennui d’aller seul à Erlangen, vu qu’il est plus amusant de faire quelque chose en compagnie que d’être seul. Braun voulait aussi être de la partie, mais il s’est décidé à attendre encore quelque temps. Nous avons donc fait notre demande à la Faculté dans une longue lettre en latin (car tu sauras qu’entre savants il est de bon ton de parler et d’écrire dans la langue qu’on sait le moins). Nous avons demandé l’autorisation de faire nos examens par écrit et de n’être pas obligés d’aller à Erlangen, sauf pour le colloquium et la promotion.
On nous a accordé notre demande, à la condition que nous promettrions (jurisjurandi loco polliciti sumus) de répondre aux questions proposées, sans aucun secours d’autrui et sans consulter quelque livre que ce fût. Entre autres questions, j’ai eu : à développer un système naturel de zoologie; à présenter les rapports qui existent entre l’histoire des peuples et l’histoire naturelle; à déterminer quelle est la véritable base et les bornes de la philosophie de la nature, et pour dissertation inaugurale, j’ai présenté quelques considérations générales et nouvelles sur les formations du squelette dans tout le règne animal, depuis les infusoires, les mollusques et les insectes, jusqu’aux vertébrés proprement dits. Les examinateurs ont été- assez contents de mes réponses pour m’envoyer mon diplôme le 23 ou 24 avril, avant que j’eusse passé par le colloquium et la promotion et en m’écrivant en outre que, satisfaits de mes examens, ils me remettaient mon diplôme, sans que j’eusse fait mon examen de vive voix.... Le doyen de la Faculté, en m’envoyant mon diplôme, me faisait le compliment de me dire qu’il espérait me voir devenir bientôt l’ornement d’une Université comme professeur, ainsi que je l’avais toujours été comme étudiant. Il faudra tâcher de faire en sorte qu’il ne se soit pas trompé