CHAPITRE IV
Quelle succession de glorieux souvenirs se présentait à moi à mesure que j’en tournais les feuilles ! Débarrassé de toute distraction, je jouissais de nouveau, et si possible plus encore qu’en réalité, des instants que nous avons passés ensemble. Toutes nos conversations, toutes nos promenades se présentaient de nouveau à mon esprit, et en me les rappelant, je sentais que nos cœurs étaient attirés l’un vers l’autre pour s’unir toujours plus fortement. En toi je vois mon propre développement intellectuel réfléchi comme dans un miroir, car c’est à toi et à mes relations avec toi que je dois d’être entré dans la voie des jouissances les plus nobles et les plus durables. On est heureux de pouvoir jeter les yeux sur un tel passé en ayant un si brillant avenir devant soi
Agassiz s’en retourna alors à Munich pour ajouter à son titre de docteur en philosophie celui de docteur en médecine. Un cas de somnambulisme, qu’il put observer et qui lui apprit à connaître une maladie, ou en tout cas une action extraordinaire du cerveau sous une forme nouvelle pour lui, parut avoir donné une impulsion plus vive à ses études médicales, et pendant un certain temps, il put croire que la vocation qui s’était présentée à lui comme une nécessité, pourrait bien devenir sa vocation de prédilection; mais le naturaliste l’emporta sur le médecin. Pendant ce même hiver, tandis qu’il travaillait avec un redoublement de zèle en vue de sa future profession, une collection de Poissons fossiles lui fut remise par le directeur du Musée de Munich. On verra avec quelle ardeur il se livra à l’étude de cette nouvelle branche. Le projet de son ouvrage sur les Poissons fossiles, qui le plaça en peu d’années au premier rang
AGASSIZ A MUNICH
des savants d’Europe, s’empara alors de son esprit.
La lettre suivante nous montre combien Agassiz lut affecté par la mort de son grand-père et quelles furent ses occupations pendant l’hiver de 1830.
* Louis Agassiz cl son frère Auguste.
Munich, le 18 janvier 1830.
.... Quoiqu’il soit près de minuit et que j’aie un mal de tête intolérable, je ne puis me mettre au lit sans m’être déchargé sur toi de tout ce qui m’agite. Chaque jour depuis une semaine j’ai eu l’intention de le faire, mais lorsque je prenais la plume, le cœur me manquait. En outre, une lettre de moi, dans ce moment, peut difficilement te faire plaisir, car si je te dis tout ce que j’ai ressenti, et ce que je ressens encore, depuis que m’est parvenue la terrible nouvelle de la mort de notre bon grand-père, je ne pourrais qu’aggraver ton chagrin sans adoucir le
mien Je m’étais toujours flatté que la vigueur de
grand-papa lui ferait surmonter cette attaque. Plus tard, quand je considérai la triste vérité dans toute sa nudité, je vis, et je vois encore, la désolation générale causée par cette mort. Quant à lui, il est heureux; mais ce sont ceux qui le pleurent qui sont à plaindre. Qui prendra maintenant soin des pauvres et des malades de ce vaste district, dont il était, dans un certain sens, le seul soutien ? Si une mort pouvait en remplacer une autre, il y a bien des personnes qui se battraient autour de son cercueil pour prendre sa place et le rendre à la vie. Oh ! qu'il est glorieux de mourir comme il est mort et de laisser de tels souvenirs! Dieu veuille nous donner une fin aussi paisible ! La seule distraction que je puisse trouver est de travailler de tout mon pouvoir et de ne pas laisser mon