‹ Louis AgassizChapitre 5 sur 387 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

taiiies espèces en pleine eau, en se seivant seulement de petits moyens qu’on pourrait presque appeler des fascinations. Ces divertissements, qu ils partageaient avec la plupart des enfants du voisinage, ne mériteraient pas d’être mentionnés, s’ils ne faisaient connaître les goûts d’Agassiz au début de sa vie. L’observation de ses animaux favoris éveillait dans son esprit des questions dont la réponse fut l’œuvre de sa carrière, et l’on peut dire que sa belle étude des Poissons d’eau douce de l’Europe centrale , un de ses plus importants ouvrages, eut pour origine ses premières collections du lac île Morat.

Comme amusement d’enfant, il s’exerçait à toute espèce de métiers, charpentier, forgeron et autres, dans lesquels il dit lui-même avoir été très habile. A cette époque, les artisans des villages suisses avaient l’habitude d’aller en journée de maison en maison. Le cordonnier venait deux ou trois lois par an avec ses outils faire les souliers de toute la famille; le tailleur prenait ses mesures et confectionnait les vêtements dans la maison même; le tonnelier réparait en automne les vieux tonneaux, ou en taisait île nouveaux et préparait la cave pour les vendanges. Il parait qu’Agassiz profitait autant de ces leçons que de celles de son père, car il pouvait tailler et coudre une bonne paire de souliers pour les poupées de ses sœurs; il n’était pas non plus mauvais tailleur et savait aussi faire en miniature un tonneau parfaitement étanche. Plus tard il aimait cà rappeler ces faits, insignifiants en apparence, ajoutant qu’il devait une bonne partie de son habileté dans la manipulation des objets d’histoire naturelle à l’exercice que ses

ENFANCE d’âGASSIZ

yeux et ses maina avaient acquis par ses travaux d’enfant.

Son goût pour les occupations paisibles de la maison ne l’empêchait pas d’être un garçon actif et intrépide. Un jour, il avait à peu près sept ans, il s’en alla patiner le long des bords du lac avec son petit frère Auguste et plusieurs camarades; ils s’entretinrent de la grande foire qui avait lieu ce jour même à Morat, de l’autre côté du lac, et à laquelle le pasteur Agassiz s’était rendu en voiture dans la matinée. La tentation était trop forte pour Louis; aussi proposa-t-il à Auguste d’aller rejoindre leur père en patinant à travers le lac et de revenir avec lui dans l’après-midi. Ils partirent aussitôt. Les autres enfants, en rentrant au village pour le dîner apprirent à Mme Agassiz l’équipée rie ses lils. On peut se figurer son angoisse, car le lac de Morat a plus d’une demilieue de largeur, et elle ne croyait pas que la glace fût suffisamment solide pour permettre de le traverser sans danger. Grâce à une bonne lunette, elle put les apercevoir d’un point élevé oû elle s’était rendue en toute hâte. Ils étaient déjà bien loin et Louis, étendu au travers d’une crevasse, faisait alors passer son petit frère sur son dos comme sur un pont. Elle expédia aussitôt à leur secours un excellent patineur qui les rattrapa au moment même où ils allaient atteindre la rive opposée, mais il n’eut pas l’idée de les ramener par un autre chemin que celui qu’ils avaient déjà suivi, et ce fut en patinant encore à travers le lac qu’ils regagnèrent le village, fatigués, affamés et désappointés, sans avoir vu la foire et sans avoir pu faire la course avec leur père.

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