CHAPITRE PREMIER
A l’âge de dix ans, Agassiz fut envoyé au collège de Bienne, où l’enseignement plus sérieux de l’école publique remplaça les leçons d’un père plein de sollicitude et de tendresse. Il s’y trouva aussi avancé que ses camarades du même âge, car son père était un maître distingué; on peut même supposer que la passion de Louis Agassiz pour l’instruction et pour tout ce qui concerne le développement de la jeunesse, ainsi que ses aspirations intellectuelles, étaient un héritage de famille, puisque dans toutes les localités où M. Agassiz fut appelé à résider comme pasteur, à Mot/ier, à Orbe, et en dernier lieu à Concise, son influence se lit sentir aussi bien dans le domaine de l’école que dans l’exercice de son ministère. On conserve dans la famille comme un précieux souvenir une pièce d’argenterie qui lui fut donnée par la Municipalité d’Orbe en mémoire de services rendus dans les écoles publiques.
La discipline du collège de Bienne était assez sévère, mais la vie que les élèves y menaient les rendait vigoureux; on mettait autant d’entrain aux jeux qu’au travail. Se reportant à cette époque de sa vie, Agassiz se demandait souvent pourquoi ses camarades et lui avaient été moins fatigués par leur temps d’école, que les enfants ne le sont actuellement dans les écoles publiques des États-Unis, et si ce fait devait être attribué à la différence de climat ou de méthode. « On dit que les élèves de nos écoles sont trop chargés avec cinq heures de travail consécutif et une ou deux heures de préparations à la maison; le programme du collège de Bienne comportait neuf heures d’étude et cependant les élèves étaient heureux et en