AGASSIZ A VIENNE
* Louis Agcissiz à son père.
Vienne, le 11 mai 1830.
Depuis que je suis ici, j’ai vu tant de choses que je ne sais guère par où je dois commencer mon récit, et ce que j’ai vu m’a fait faire bien des réflexions sur des sujets graves que je ne m’attendais pas à rencontrer ici. Nulle part, jusqu’à présent, je n’ai vu des établissements fondés sur des bases plus larges et plus magnifiques, et je crois qu’ailleurs il n’est pas permis aux étrangers d’en profiter aussi librement qu’ici. Je parle de l’Université, des hôpitaux, des bibliothèques et des musées de tout genre.
Je n’ai jamais vu d’aussi belles églises, et j’ai vivement senti plus d’une fois la différence qu’il y a à faire ses dévotions entre des murs blancs, ou dans un local plus favorable au culte. En un mot, je serais enchanté de mon séjour à Vienne, si je pouvais me débarrasser de l’idée que je suis continuellement entouré d’un filet imperceptible prêt à se fermer sur moi au premier signal. Le seul ennui qu’un étranger puisse éprouver ici, c’est d’être obligé, s’il n’en a pas déjà pris l’habitude, de s’abstenir en public de toute espèce de critique sur les lieux et les choses; mais ce qu’il doit encore plus éviter, c’est de critiquer les personnes.
Je suis surtout satisfait de mon séjour sous le rapport scientifique. J’ai appris et j’apprends encore spécialement à soigner et à opérer les yeux; quant à la médecine, les professeurs, quelque bons qu’ils puissent être, ne surpassent pas ceux que j’ai déjà entendus, et comme je ne pense pas qu’il soit d’un grand profit pour un jeune médecin de se familiariser avec un grand nombre de méthodes curatives, je cherche plutôt à observer le malade et sa maladie qu’à retenir la médication employée dans le