CHAPITRE IV
cas spécial. La chirurgie et les accoucheuients se tout mal, mais on a l’occasion de voir beaucoup de cas intéressants.
Depuis quinze jours, je vais souvent aussi au cabinet d’histoire naturelle, surtout l’après-midi. Si je te racontais comment j’étais ici attendu de tout le monde et comment j’ai été reçu et fêté (à titre de Ichthyologus primus seculi , disait-on), je risquerais de t’ennuyer et de paraître présomptueux, et je ne veux ni l’un ni l’autre. Mais ce qu il ne te sera pas indifférent d’apprendre, c’est que Cotta est disposé à accepter mes « Poissons ». Il se trouve depuis quelques jours à Munich et Schimper lui a parlé de l’affaire qu’il a plus avancée par quelques mots, que je n’avais pu le faire par lettre. C’est pourquoi je compte retourner bientôt à Munich pour terminer la chose, puisque Cotta y reste encore quelques semaines. Ainsi, je serai parvenu à mes fins et dès cet automne je me serai procuré une existence indépendante.
Souvent, cet hiver, en faisant une dépense si énorme, j’étais bien inquiet de ne pouvoir déterminer à quel moment elle serait à son terme; mais si Cotta ne met plus d’autre condition que celle d’un certain nombre de souscripteurs, je suis sûr du succès dans six mois. Ainsi, vous pouvez considérer ce que j’ai fait comme une spéculation menée à bonne fin et qui met le comble à mes vœux, en me permettant de travailler ultérieurement à mes projets d’avenir
Une lettre adressée à son frère, en date du 29 mai, immédiatement après son retour à Munich, nous donne un récit de son séjour à Vienne, ainsi que des détails personnels qu’il avait hésité à communiquer à son père; ils nous font voir la place qu’à l’àge de vingt-trois ans il occupait déjà dans le monde savant.
AGASSIZ A MUNICH
* Louis Agassiz à son frère Auguste.
Munich, le 29 mai 1830.
.... Tout m’était ouvert et, à ma grande surprise, j’ai été reçu par tout le monde comme un confrère connu. N’est-ce pas flatteur d’aller à Vienne sans aucune recommandation et d’être accueilli et réclamé par toutes les personnes de la science, d’être ensuite présenté et introduit partout? Au Musée, je pouvais me faire ouvrir, quand bon me semblait, non seulement les salles, mais aussi toutes les armoires et même les bocaux et en sortir ce que je voulais pour l’examiner; à l’hôpital, plusieurs professeurs ont poussé la complaisance jusqu’à m’inviter à les accompagner dans leurs visites particulières. Tu peux penser si j’ai mis tout cela à profit et combien j'ai vu de choses
Du reste, sois tout à fait sans inquiétude sur mon compte. J’ai à présent assez de cordes à mon arc pour ne plus être embarrassé de mon avenir. Seulement, ce qui me peine, c’est que la chose que je désire le plus obtenir, la direction d’un grand Musée, est celle qui pour le moment me semble la plus éloignée. Quand j’aurai terminé mes affaires avec Cotta, je commencerai à emballer mes effets et j’espère pouvoir reprendre le chemin de la maison dans le mois d’août. Je doute que je puisse partir plus tôt, parce que dans le but de m’exercer, je me suis mis à donner un cours de zoologie auquel peut assister qui veut, et j’ai envie de le terminer avant mon départ. Je professe de vive voix, sans avoir même de notes devant moi; pour cela il faut que je me prépare. Tu vois que je ne perds pas mon temps.