‹ Louis AgassizChapitre 55 sur 387 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La lettre suivante nous annonce un changement important dans les affaires de la famille. M. le pasteur Agassiz avait été appelé de la cure d’Orbe à celle de Concise, village situé sur la côte nord-ouest du lac de Neuchâtel.

* Madame Agassiz à son fds Louis.

Orbe, juillet 1830.

Depuis la lettre que ton père t’écrivit le 4 juin, nous n’avons eu aucune nouvelle de toi, mon cher Louis, ce qui nous fait espérer que tu travailles avec un zèle tout particulier à terminer tes affaires en Allemagne et à venir le plus vite possible auprès de tes parents. Quelle que soit la diligence que tu mettes à ton retour, tu ne nous trouveras plus ici. Il y a quatre jours que ton père est pasteur de Concise; nous avons été hier visiter notre nouveau domicile. Rien n’est plus joli; de l’avis de tous ceux qui le connaissent, c’est le plus beau poste du canton. Une vigne d’une pose, un superbe verger garni d’arbres fruitiers en plein rapport, un beau jardin potager, un parterre, le tout entourant la cure, voilà toute l’étendue de notre nouveau domaine; une source intarissable qui jaillit dans le fond d’une grotte, un joli ruisseau qui serpente à cinquante pas de la maison, bordé d’une allée garnie d’arbustes, de bosquets, de bancs, tout cela établi avec autant de goût et de soin que possible. La maison est fort bien aussi, tous les appartements donnent sur le lac, qui est à une portée de fusil de nos fenêtres. Nous avons au rez-de-chaussée un salon, une chambre à manger, deux cabinets; deux portes conduisent au parterre qui est au niveau du plainpied; une très belle cuisine; à côté, une jolie place où l’on mange en plein air en été. Le

haut de la maison a la même distribution que le bas, plus une grande chambre de catéchumènes. Le jasmin qui tapisse la façade monte presque jusqu’au toit

Madame Agassiz s’attacha beaucoup à cette jolie cure ; sa vie paisible est parfaitement décrite par une de ses filles qui, bien des années plus tard, écrivait ces lignes:

Ici, maman reprit son rouet avec une nouvelle ardeur. C’était une occupation qu’elle aimait beaucoup et dans laquelle elle était très habile. Jadis chez grand-papa toutes les femmes de la maison, maîtresse ou servantes, possédaient un rouet et les jeunes filles avaient l’habitude de faire ainsi leur propre trousseau. Plus tard, maman continua à filer pour ses enfants et même pour ses petitsenfants. Nous conservons tous, comme un précieux souvenir, du linge de table fait par elle. Nous étions charmés de la voir à son rouet; elle était si gracieuse et le fil de ses idées semblait suivre, pour ainsi dire, le fil fin et délicat, à mesure qu’il se déroulait sous ses doigts.

Agassiz fut retenu à Munich plus longtemps qu’il ne s’y attendait par les arrangements concernant sa publication, et le mois de novembre était déjà presque passé avant que ses préparatifs de départ fussent - achevés.

* Louis Agassiz à ses parents.

Munich, le 9 novembre 1830.

.... Selon vos désirs, je ne vous amène personne de ma connaissance. Je veux pouvoir jouir en paix du plaisir d’être en famille. Cependant, j’ai quelqu’un avec moi pour lequel il nous faudra prendre les arrangements les plus

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