‹ Louis AgassizChapitre 57 sur 387 · AGASSIZ, ÉTUDIANT · texte numérisé non relu

AGASSIZ, ÉTUDIANT

decine et d’histoire naturelle. Que de livres on peut recevoir en échange d’un seul qu’on a écrit! Naturellement, ils sont pris sur la part de profits d’Agassiz. Hier pendant toute la journée, nous n’avons fait que lire Goethe.

Pour terminer cette période, nous donnons ici un abrégé de la vie universitaire d’Agassiz, d’après ses propres indications. On l’avait souvent prié de recueillir tous les souvenirs qui s’y rattachent, mais il vivait tellement dans le présent, chaque jour lui apportant sa tâche, qu’il lui restait peu de temps pour s’occuper du passé, de sorte que ce récit est resté à l’état d’ébauche. Quoiqu’il comprenne plusieurs faits déjà mentionnés, nous le reproduisons en entier, parce qu’il résume à peu près le développement intellectuel d’Agassiz jusqu’à cette époque.

« J’ai le sentiment qu’à différentes époques de ma vie, j’ai employé des méthodes d’études très variées ; on me permettra, par conséquent, de présenter les résultats de mon expérience dans le but d’établir un système rationnel pour l’étude de la nature.

« A l’âge de douze ans, je faisais ce que font presque tous les commençants; je recueillais tout ce qui me tombait sous la main et j’essayais, au moyen de livres et d’autres renseignements à ma disposition, de trouver les noms des objets que j’avais collectionnés. Ma plus haute ambition à cette époque était de pouvoir désigner correctement par un nom latin les plantes et les animaux de mon pays et d’étendre graduellement cette connaissance aux produits d’autres contrées. Cela me paraissait alors le but légitime et l’œuvre particulière d’un naturaliste. Je possède encore des volumes manuscrits dans lesquels je notais les noms de tous les animaux et de toutes les

plantes que je recueillais. Je ne savais pas alors qu’il est plus important pour le naturaliste de comprendre l’organisation d’un petit nombre d’animaux que d’être maître de toute la nomenclature scientifique. Depuis que je suis devenu professeur et que j’ai suivi le développement des étudiants, j’ai remarqué qu’ils commencent tous dé la même manière; mais combien n’y en a-t-il pas qui ont vieilli dans ce genre de travail sans jamais s’élever à une plus haute conception de la nature, et qui ont passé toute leur vie à déterminer les espèces et à étendre la terminologie scientifique.

« Longtemps avant de me rendre à l’Université et d’y commencer l’étude de l’histoire naturelle sous la direction des maîtres de la science qui illustrèrent la première partie de ce siècle, je m’aperçus que, si la nomenclature et la classification sont absolument nécessaires, puisqu’elles sont en réalité le langage technique de l’histoire naturelle, l’étude approfondie des êtres vivants est infiniment plus précieuse. A l’âge de quinze ans environ, je passai presque tout le temps qui m’était laissé pour mes études, à chercher dans les forêts et les prairies du voisinage des oiseaux, des insectes et des coquilles. Ma chambre devint une petite ménagerie et le bassin de notre fontaine, transformé en aquarium, reçut tous les poissons que je pouvais attraper. Mon délassement favori était de collectionner, de pêcher, d’élever des chenilles pour obtenir des papillons parfaits. C’est à cette époque que j’appris une bonne partie de ce que je sais sur les poissons de l’Europe centrale et j’ajouterai que, plus tard, ayant accès à une grande bibliothèque et pouvant consulter ainsi les ouvrages de Bloch et de Lacépède, les seuls qu’on eût alors sur les poissons, je fus surpris du peu de détails qu’ils contenaient sur la structure et les mœurs de ces animaux, détails qui m’étaient devenus si familiers par l’observation.

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