CHAPITRE V
m’importait de savoir. J’ai également rencontré d’autres personnes connues. Je pourrai m’installer ici à bon compte et je serai à portée de tout ce que je puis mettre à profit. L’école de médecine n’est qu’à dix minutes de ma demeure, le Jardin des plantes à deux cents pas et l’hôpital de la Pitié, où professent messieurs Andral et Lisfranc, est à vingt pas en face. Aujourd’hui et demain, je ferai une tournée pour porter mes lettres de recommandation; puis, je me mettrai bravement à l’ouvrage.
Le jeune Suisse, bien qu’enchanté des ressources scientifiques mises à sa portée, ne se sentit pas d’abord à l’aise dans la grande capitale de la France.
* Louis Agassiz à sa sœur Olympe.
Paris, le 15 janvier 1832.
.... Tout ce que je pensais trouver en venant ici s’est réalisé, surtout sous le rapport scientifique, bien que mon attente n’ait pas été dépassée. Partout j’ai reçu l’accueil le plus obligeant, prévenances et égards de toute espèce. M. Cuvier et M. de Humboldt me traitent en toutes circonstances comme leur égal et me procurent les moyens de profiter des collections scientifiques, si bien que je puis travailler comme chez moi. Cependant, ce n’est pas la même chose; tout cela se fait sans cordialité, avec cette politesse froide qui glace au lieu de mettre à l’aise, et, franchement parlant, je voudrais déjà m’en aller, si je n’étais pas retenu par les richesses matérielles que je puis utiliser pour mon instruction.
Le matin, je suis la clinique de la Pitié A dix ou
onze heures je déjeune, puis je me rends au musée d’histoire naturelle jusqu’à la nuit. De cinq à six je dine et
AGASSIZ A PARIS
après je m’occupe surtout cle médecine,.... Voila comment se passe mon temps, régulièrement, un jour comme 1 autre. Je n’ai pas voulu me mettre sur le pied de sortir après le dîner, j’aurais perdu trop de temps Le samedi seu-
lement, de neuf à onze heures du soir, je vais chez M. Cuvier
Le mal du pays, dont cette lettre porte l’empreinte, se dissipa bientôt sous l’influence d une vie intellectuelle qui, chaque jour, devenait plus entraînante. La bonne réception de Cuvier fut le début de l’intérêt affectueux qu’il témoigna toujours à Agassiz. Au bout de quelques jours il lui donna, ainsi qu’à son dessinateur, une place dans son propre laboratoire, où il venait souvent jeter un coup d’œil sur leurs travaux et les encourager. Ces relations continuèrent jusqu’à la mort de Cuvier, et Agassiz jouit pendant plusieurs mois de la sympathie scientifique et de l’amitié personnelle du grand homme qu’il honorait dès son enfance et dont le nom respecté lut sur ses lèvres jusqu’à son dernier jour. La lettre suivante, écrite deux mois plus tard à son oncle de Neuchâtel, montre avec quelle rapidité le jeune naturaliste gagna l’estime et la confiance de son illustre prédécesseur.
* Louis Agassiz à son oncle F. Mayor.
Paris, le 16 février 1832.
.... J’ai aussi à vous annoncer une bonne nouvelle dont les résultats pourront par la suite m’être avantageux. Je crois vous avoir dit, lors de mon départ pour Paris, que