‹ Louis AgassizChapitre 65 sur 387 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu’il reviendrait tôt après pour terminer sa tâche. Cuvier répliqua qu’il avait raison de ne pas négliger la régularité dans les heures des repas et le loua de son zèle pour l’étude, tout en ajoutant : « Soyez prudent et rappelez-vous que l’excès du travail tue. » Ce turent les dernières paroles qu’Agassiz entendit de son bien-aimé maître. Le jour suivant, au moment où Cuvier montait à la tribune de la Chambre des députés, il tomba, fut relevé paralysé et transporté chez lui. Agassiz ne le revit plus.

Nous avons ici quelque peu anticipé, pour mener jusqu’à leur terme les relations entre Cuvier et Agassiz. Revenons à notre récit.

La lettre qu’il avait adressée à son oncle causa naturellement beaucoup de plaisir à ses parents. Immédiatement après l’avoir lue, son père lui écrivait : « A présent que tu es en possession du portefeuille « de M. Cuvier, je suppose que ton plan s’est consi- « dérablement élargi et que ton ouvrage sera le double « plus grand; dis-moi tout ce que tu penses que je « puisse en comprendre, ce qui, après tout, ne sera « pas grand’chose. »

Cependant, une inquiétude de tous les jours empoisonnait le bonheur d’ Agassiz. Même avec la plus stricte économie, les faibles ressources dont il pouvait disposer suffisaient à peine à couvrir ses dépenses les plus nécessaires, celles de son peintre, ses achats de livres et ses frais d’étude. 11 était dans des angoisses continuelles, craignant d’être obligé de quitter Paris, d’abandonner ses recherches sur les poissons fossiles et les planches coûteuses qui devaient illustrer cet ouvrage. La vérité sur sa position

AGASSIZ A PARIS

financière, qu’il aurait volontiers cachée à sa famille, fut découverte par une circonstance accidentelle. Son frère l’avait prié de lui acheter un livre, et ne le recevant pas, il lui en témoigna sa surprise. La lettre suivante d’Agassiz, écrite un mois après celle adressée à son oncle, nous en donne l’explication.

* Louis Afjassiz à son frère.

Paris, mars 1832.

.... Voici le livre que tu m’as demandé; il coûte dixhuit francs. Je serais bien fâché s’il arrivait trop tard,

mais je n’en peux rien D’abord, pour l’acheter, il fallait

avoir assez d’argent et ne pas être ensuite sans le sou. Tu peux bien penser qu’après avoir payé mon chauffage et donné cinq louis par mois à mon dessinateur, il ne me reste pas grand’chose des deux cents francs de France que je reçois chaque mois et que, loin d’avoir de l’avance,

je dépense tout et au delà

Du reste, tu ne peux te faire aucune idée de la difficulté de chercher quelque chose à Paris, quand on ne connaît pas la ville. Comme je ne me rends à mes occupations que par deux ou trois chemins, toujours les mêmes, et que je ne sors guère de ma rue qu’une fois par mois, je

m’égare facilement dès que je m’aventure au delà

Vous m’avez déjà demandé à plusieurs reprises comment j’ai été reçu dans différentes maisons où j’étais recommandé. Je répondrai tout simplement que j’ai remis une partie de mes lettres, mais que je ne suis retourné nulle part, parce que je ne puis pas, dans ma position,

employer mon temps à des visites Et une fort bonne

raison pour n’y pas aller maintenant, c’est que je n’ai point d’habit présentable. Je ne me gêne pas d’aller chez

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