‹ Louis AgassizChapitre 67 sur 387 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Cette année il sera terminé; on m’a dit que le mus ee 3 serait placé. Je crois les collections fort incomplètes et la ville de Neuchâtel assez riche pour faire des sacrifices dans le but d’en combler les lacunes. J’ai pensé, mon cher, que ce serait une occasion unique pour placer tous les objets que tu as dans l’esprit de vin. C’est un grand capital sans intérêts, à fonds perdu, auquel tu dois chaque année consacrer de l’esprit de vin et des soins, et dont tu 11e pourras jouir qu’en faisant encore une infinité^ de dépenses pour des bocaux, des ports et enfin pour larrangement d’un local que tu devras encore louer. Tout cela réuni forme un ensemble trop considérable pour toi^ et qui te procurerait encore des visites sans fin, tandis qu en profitant d’une occasion unique, tu pourras en tirer dans quelques mois un parti très avantageux. Il faut pour cela t’entendre avec M. Coulon avant qu’il fasse un choix ailleurs. Ton frère peut être chargé de cette négociation,

étant sur les lieux....

Enfin, mon dernier sujet est M. Dinkel. Tu as bien du bonheur d’avoir rencontré un brave garçon comme lui, mais enfin, il t’occasionne annuellement une dépense si grande, qu’il faut trouver un moyen de t’en débarrasser; c’est ici où je te vois faire de grands yeux. Mais quand il est question de réformes, il faut les faire en plein et savoir couper l’arbre par la racine. C’est un grand mal de dépenser beaucoup plus qu’on ne peut gagner Commu-

nique-moi tes plans; il m’est bien pénible de ne pas être en complète communauté d esprit a^ ec toi

* Louis Acjassiz à sa mère.

Paris, le 25 mars 1832.

Il est vrai que je me trouve dans une glande gêne, que j’ai beaucoup moins d’argent à ma disposition qu’il

AGASSIZ A PARIS

ne me serait agréable et même nécessaire d’en avoir, mais cela fait aussi que je travaille beaucoup plus et que je 11e me livre pas du tout aux distractions qui m’auraient

peut-être entraîné sans cela Du reste, pour mon travail,

il n’en est pas de mon séjour ici, et surtout de mes relations avec M. Cuvier, comme tu le penses. Certainement, j’ose espérer qu’il 11e me retirerait pas sa bienveillance et sa protection si je partais d’ici; je suis sûr qu’il serait le premier à m’engager à accepter une chaire ou une place quelconque qui me serait avantageuse, lors même qu’elle ne rentrerait pas dans mes études actuelles, sans que pour cela je fusse privé de ses conseils. Mais ce qui ne pourrait me suivre et que je lui dois également, c’est la facilité d’examiner toutes les collections, facilité dont je ne puis jouir qu’ici; car, lors même qu’il y consentirait, je ne pourrais emporter avec moi plus de cent quintaux de poissons fossiles qu’il me faut avoir sous les yeux pour mieux les comparer, ni un millier de squelettes de poissons qui rempliraient une cinquantaine de grosses caisses. Voilà où gît la difficulté et pourquoi il faut que je reste ici jusqu’à ce que j’aie terminé mon ouvrage. Je dois ajouter que M. Élie de Beaumont a bien voulu mettre aussi à ma disposition les poissons fossiles de la collection de l’École des Mines, et M. Brongniart ceux de la sienne, qui est une des plus belles collections particulières de Paris

Quant aux miennes propres, je me proposais de demander, soit au gouvernement vaudois, soit à la ville de Neuchâtel, de m’accorder dans leurs musées une place pour les déposer, à condition qu’ils fissent les frais d’exposition et d’entretien; elles pourraient ainsi servir à 1 instruction publique. Cependant je répugne à m’en dessaisir entièrement, car je leur souhaite encore une autre destination. Je ne désespère pas de voir un jour un lieu plus intime réunir les différentes parties de la Suisse, et

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