CHAPITRE Y
de cette union naîtrait nécessairement une Université vraiment helvétique. Alors mon but serait d’y placer ma collection, comme base de celles qu’on devrait nécessairement fonder pour les cours. Il est honteux pour la Suisse, qui est plus étendue et plus riche que maint petit royaume, de ne pas avoir d’Université, tandis que des États qui n’ont pas plus de la moitié de son étendue, par exemple, le grand-duché de Baden en possède deux, dont 1 une, Heidelberg, est une des premières de 1 Allemagne.
Si jamais j’obtiens dans la société une position qui me permette d’agir dans ce sens, je ferai tous mes efforts pour contribuer à procurer à mon pays le plus grand des bienfaits, celui d’une unité intellectuelle qui ne peut résulter que d’un haut degré de civilisation et de connaissances partant d’un point central.
J’ai également pensé à M. Dinkel; si ma position n a pas changé lorsque son travail ici sera terminé, et si je n’ai pas la perspective positive d’un établissement qui me permette de le garder auprès de moi, — eh bien ! il faudra se séparer ! Depuis longtemps déjà je m’y prépare en ne lui faisant dessiner que ce qui me sera indispensable pour la publication de mes premières liviaisons, et j’espère que celles-ci me procureront les moyens de taiie exécuter ce qu’il faudra pour les autres. Du reste, pomme justifier de l’avoir engagé jadis et davoii piolongé cette dépense, je puis dire que c’est en grande partie d’après ses dessins que M. Cuvier a pu juger mon travail, et que c’est bien certainement à eux que je dois la cession qu’il m’a faite de tous ses matériaux. Je prévoyais bien que c’était le seul moyen de le devancer, et ce n’est pas pour rien que je tenais si fort à avoir M. Dinkel avec moi, puis à passer par Strasbourg et Carlsruhe; sans ce dernier effort, M. Cuvier aurait bien pu avoir encore les devants sur moi. Maintenant je suis tranquille là-dessus et je vous ai déjà écrit toute la bonté qu’avait mise
AGASSIZ A PARIS
M. Cuvier à m’offrir ses matériaux. Que ne puis-je être aussi heureux pour la publication !
M. Cuvier m’engage fort à présenter mon ouvrage à l’Académie des sciences afin d’obtenir un rapport sur son contenu; mais pour le faire, il faut que je l’achève, et ce n’est pas un petit travail. C’est surtout cette considération qui me fait regretter de ne pas avoir à ma disposition de plus grands moyens pécuniaires; si je les avais, je pourrais faire exécuter dès à présent tous les dessins dont j’ai besoin et une recommandation, telle qu’un rapport de l’Académie, deviendrait bien utile à la publication. Mais quant aux dessins, depuis longtemps je me suis déjà fort restreint; Auguste sait que j’avais encore à Munich quelqu’un qui devait achever l’ouvrage laissé en arrière; j’ai fait discontinuer ce travail lorsque je suis parti de Concise, et si la stagnation de la librairie continue, je serai peut-être encore obligé de me séparer de Dinkel; car si je ne puis pas commencer la publication qui me ferait rentrer dans mes fonds, il faudra bien cesser d’accumuler à l’avance les matériaux. D’un autre côté, si le commerce se relevait bientôt, il me serait fort agréable de pouvoir tout achever avant de quitter Paris.
Je crois avoir oublié de vous dire que Braun est ici; il est arrivé six semaines après moi. J’ai eu un double plaisir à le voir, car il était accompagné de son frère cadet, également fort aimable garçon, élève distingué de l’École polytechnique de Carlsruhe, qui se voue à l’étude des mines et qui désire examiner les collections de Paris se rapportant à cette branche. Tu ne saurais te faire une juste idée de la jouissance et de la consolation que me procurent mes relations avec Alexandre; il est si bon, et en même temps si instruit et si élevé dans ses idées, que c’est un vrai bonheur pour moi d’être son ami. Tous deux nous ressentons vivement l’absence de Schimper l’ainé, qui, malgré le désir qu’il avait de nous rejoindre à Caris-