‹ Louis AgassizChapitre 76 sur 387 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1832-1834 — 25 à 27 ans.

Commencement de son professorat à Neuchâtel. — Son succès. — Influence sur la vie scientifique à Neuchâtel. — Proposition de l’Université de Heidelberg. — Agassiz est menacé de perdio la vue. — Correspondance avec Humboldt. — Mariage. Lettre de Charpentier. — Invitation en Angleterre. — Prix Wollaston. — Première livraison des « Poissons fossiles ». — Aperçu de cet ouvrage.

L’automne suivant, Agassiz commença ses fonctions de professeur à Neuchâtel. Son discours d ouverture sur « les Relations entre les différentes branches de l’histoire naturelle et les tendances actuelles de toutes les sciences », fut prononcé à l’Hôtel de Ville le 12 novembre 1832. Le même soir, il écrivait à son frère : « Tout est bien allé aujourd hui. Je « suis content et je pense que ceux qui m’ont com- « pris le sont aussi ; notre père était du nombre »

Un jour ou deux plus tard, sa mère lui écrit :

« .... Ton père me dit que je puis espérer te voir « dimanche; tu peux bien t’imaginer, cher enfant, « comme je suis impatiente de t’embrasser et de te « dire tout le bonheur que j’ai de te savoir établi si « près de nous. Mon cœur est plein de satisfaction à

AGASSIZ A NEUCHATEL

« la nouvelle de ton succès que je fais plus que par- « tager, car il m’en revient presque une double part. « Que Dieu continue à te bénir et donne un plein « succès au cours que tu as commencé ! Ce premier « essai, quoique fait dans une petite ville, peut avoir « de l’influence sur ta vie entière. »

Ce discours d’ouverture, dont nous n’avons pu retrouver le texte, mais qui paraît avoir été caractérisé par cet esprit de généralisation qui distingua plus tard son enseignement, produisit l’impression la plus favorable. Les faits s’y plaçaient dans leur ordre comme partie d’un ensemble et n’étaient jamais présentés comme des phénomènes isolés. Dès le commencement, son talent d’exposition fut mis hors de doute. Il entrait en effet dans une vocation qui, depuis sa jeunesse jusqu’à sa vieillesse, devait faire le bonheur de sa vie. Enseigner devint pour lui une passion, et son influence sur ses élèves était si grande qu’il leur communiquait son propre enthousiasme.

Agassiz était d’une nature essentiellement libérale. Il se plaisait à répandre à pleines mains les résultats de sa pensée et de ses recherches et à les mettre à la portée même des esprits les plus jeunes et les plus incultes. Dans ses voyages en Amérique, il expliquait les phénomènes glaciaires qu’il avait sous les yeux au cocher qui le conduisait dans les montagnes, ou à quelque ouvrier cassant des pierres sur la route, et cela avec autant de sérieux que s’il eût discuté quelque problème avec un confrère en géologie. Il aimait à s’entretenir avec le simple pêcheur et lui expliquait les secrets de la structure et de l’embryologie des

Page 1