CHAPITRE VII
poissons, jusqu’à ce que son interlocuteur, enthousiasmé à son tour, commençât à lui exposer les résultats de ses observations souvent informes et inconscientes. Agassiz croyait à la possibilité de faire comprendre aux gens du peuple, si peu cultivés qu’ils fussent, les plus profondes vérités de la nature et il avait le don d’adapter son langage au développement intellectuel de ceux qui l’écoutaient,.
La présence du jeune professeur se fit immédiatement sentir à Neuchâtel par une influence stimulante. La petite ville devint rapidement un centre d’activité scientifique. On fonda pour le développement des sciences naturelles une société dont il fut le premier secrétaire. Les collections qui, déjà par les soins de M. Louis Goulon et de son père, avaient acquis une grande valeur, prirent le caractère d’un véritable musée. Agassiz trouva en M. Coulon un ami généreux, un collègue, qui partageait ses plus nobles aspirations et qui était toujours prêt à l’aider dans ses efforts en faveur de la science. Ils arrangèrent ensemble, agrandirent et organisèrent un musée d’histoire naturelle qui fut bientôt connu, même hors de la Suisse.
Indépendamment de ses leçons au Gymnase, Agassiz donna pendant l’hiver des cours de botanique, de zoologie, de philosophie de la nature à un petit nombre d’amis et de voisins qu il invitait à cet eilet. L’enseignement y était aussi simple que familier et plus tard il l’étendit même jusqu’à ses enfants et à ceux de ses amis. La géologie, la géographie dans ses rapports avec la botanique, en formaient la matière, et quand le temps était beau, les leçons se donnaient en plein air. On peut facilement se figurer
AGASSIZ A NEUCHATEL
quel bonheur c’était pour une troupe de jeunes gens de faire une longue promenade dans les forêts des environs de Neuchâtel, particulièrement sur la montagne de Chaumont qui domine la ville, et de pouvoir combiner ainsi l’instruction avec une partie de plaisir. De ce point élevé, Agassiz leur expliquait la formation des lacs, des îles, des sources, des rivières, des montagnes et des vallées. Il a toujours insisté sur le fait que la géographie physique pouvait mieux être enseignée aux jeunes gens dans le voisinage de leur propre demeure, que par des livres, des cartes et même des globes. Il ne pensait pas qu’un pays accidenté fût dans ce cas absolument nécessaire; quelques ondulations de terrain, quelque contraste entre les collines et la plaine, quelque nappe d’eau avec les ruisseaux qui l’alimentent, quelque amoncellement de rocailles suffisent à celui qui sait en profiter, et on peut ordinairement mieux expliquer ce qui se présente en petit qu’en grand.
Quand il était impossible de donner les leçons en plein air, on réunissait les élèves autour d’une grande table où chacun d’eux avait devant soi les objets d’histoire naturelle dont on devait s’occuper, tantôt des pierres et des fossiles, tantôt des lleurs, des fruits ou des plantes desséchées. Chaque enfant devait expliquer à son tour ce qui avait fait le sujet de la leçon. Quand il s’agissait de pays éloignés, paj' exemple, des Tropiques, on tâchait de se procurer quelque objet caractéristique de la contrée, comme certains fruits, souvent difficiles à obtenir, du moins à cette époque. Il va sans dire qu’on terminait la leçon en mangeant les spécimens qui avaient servi à la