CHAPITRE VII
Quant aux offres de Heidelberg, Agassiz était déjà décidé. Dans une lettre qu’il écrit à son frère à ce sujet, il exprime l’intention de refuser, ajoutant que suivant lui, l’augmentation des honoraires était contrebalancée par la perspective de vendre sa collection à Neuchâtel et de se libérer ainsi d’un lourd fardeau.
A cette époque, Agassiz fut menacé d’un grand malheur. Déjà à Paris, ses yeux commençaient à souffrir de l’usage trop fréquent du microscope. Son état empira sérieusement et, pendant plusieurs mois, il lut obligé de restreindre son activité et de renoncer à écrire même une lettre. Pendant ce temps, il était enfermé dans une chambre obscure et étudiait les fossiles par le seul toucher, se servant même quelquefois du bout de la langue pour se rendre compte des empreintes, lorsque les doigts ne pouvaient en venir à bout. Il disait qu’il était sûr de parvenir par ce moyen à une si grande délicatesse dans le toucher, que la perte de la vue ne l’empêcherait pas de continuer ses travaux. Après quelques mois sa vue s’améliora, et quoique menacé parfois d’une nouvelle atteinte de ce mal, il put, pendant le reste de sa vie, faire un usage continuel de ses yeux, sans en souffrir. 11 ne paraît pas que ses leçons, toujours improvisées, aient
été interrompues pour ce motif.
La lettre suivante, adressée à Humboldt par Agassiz, provient d’un brouillon inachevé, probablement nus de côté à cause du mauvais état de sa vue et qui ne fut terminé qu’au mois de mai. Bien qu imparfait, il donne des éclaircissements sur la réponse de Humboldt que nous verrons plus loin et qui nous renseigne sur les travaux d’ Agassiz à cette époque.
AGASSIZ A NEUCHATEL
Louis Agassiz à Alexandre de Humboldt.
(Trad. de l'allemand.)
Neuchâtel, le 27 janvier 1833.
Mille remerciements de votre dernière lettre qui a
été vraiment la bienvenue. Je puis à peine vous dire quel plaisir elle m’a fait, combien je jouis d’avoir des relations aussi intimes avec vous et à quel point mon zèle en est stimulé.
Depuis que je vous ai écrit, j’ai réfléchi à différentes choses, entre autres à mon projet de publier ici les « Poissons fossiles ». Il me reste cependant quelques doutes au sujet desquels j’ai à vous demander conseil. Cotta étant mort, je ne puis pas attendre jusqu’à ce que j’aie pu conclure un arrangement avec son successeur. En conséquence, je laisse de côté les « Poissons d’eau douce » pour activer les « Poissons fossiles ». A mon grand étonnement, j’ai trouvé ici tout ce qui est nécessaire à la publication d’un tel ouvrage, deux bons lithographes et deux imprimeurs qui ont d’excellents types. J’ai donné l’ordre à Weber de graver les planches ou de les dessiner sur pierre; il sera ici à la fin de ce mois. Je commencerai aussitôt et j’espère pouvoir faire paraître la première livraison en mai....
Nos magistrats, aussi bien que les particuliers, s’intéressent beaucoup à l’instruction publique et je suis persuadé que tôt ou tard on achètera ma collection, quoiqu’on ne m’en ait rien dit dernièrement b
Afin de pouvoir faire une description plus exacte de ma famille des Lqndostei, à laquelle appartiennent tous les
1 C.ette collection fut définitivement achetée par la ville de Neuchâtel au printemps de 1833.