CHAPITRE VIT
poissons osseux antérieurs à la craie, je désirerais beaucoup obtenir, pour la dissection, un Polypterus Biclii) et un Lepidosteus osseus , ou telle autre espèce appartenant exclusivement à la création actuelle. Jusqu’à présent je n’ai pu en examiner et décrire que le squelette et les parties extérieures. Si vous pouviez m en procurer des exemplaires, vous me rendriez le plus grand service. Si cela était nécessaire, je m’engagerais à renvoyer les préparations. Je vous prie très instamment de me faire obtenir ces poissons. Veuillez excuser les demandes contenues dans cette lettre et n’y voir que mon sérieux désir d’atteindre un but pour lequel vous m’avez déjà aidé si souvent et si amicalement...
* Alexandre de Humboldt à Louis Agassiz.
Sans-Souci, le 4 juillet 1833.
Je suis heureux de vos succès, mon cher Agassiz, heureux de votre aimable lettre du 22 mai, heureux de 1 espoir d’avoir pu faire quelque chose qui pût vous être utile pour la souscription. Le nom du Prince royal m a paru de quelque importance pour vous. J’ai tardé de vous écrire, non parce que je suis un des hommes les plus tourmentés de l’Europe (le tourment va crescendo; il n’y a pas un savant en Prusse ou en Allemagne qui ne croie devoir me faire son fondé de pouvoir, s’il demande quelque chose au roi ou à M. d’Altenstein), mais parce qu'il fallait attendre le retour du Prince royal de sa tournée militaire et pouvoir lui parler seul, ce qui n’a pas lieu quand je suis avec le roi.
Votre prospectus est plein d’intérêt; vous avez rendu justice aux personnes qui vous ont fourni des matériaux; mais c’est une ruse de coeur, ruse d une belle àme comme
AGASSIZ A NEUCHATEL
la vôtre, qui vous a porté à une exagération en me nommant ainsi que vous le faites. Je vous en veux un peu l.
Voici le commencement d’une liste. Je pense que le Département des Mines de province prendra trois on quatre exemplaires de plus. On n’a pas reçu de réponse. Ne vous effrayez pas de la brièveté de la liste.
Je suis d’ailleurs l’homme le moins apte à recueillir des souscriptions, ne voyant personne que la cour et étant forcé d’être trois ou -quatre jours par semaine hors de ville. C’est aussi à cause de cette inaptitude que je vous supplie de ne m’adresser que mes trois exemplaires, et d’adresser les autres par voie de librairie aux personnes portées sur la liste, en marquant simplement sur l’exemplaire que la personne a souscrit sur la liste de M. de Hiunboldt.
Avec tout le dévouement que je professe pour vous, mon excellent ami, il me serait impossible de me charger de la distribution on de la rentrée des fonds. Les librairies de Dümmler ou de Humblot et Dunker vous seraient utiles à Berlin. J'ai d’ailleurs bien de la peine à concevoir qu’en vous faisant éditeur vous puissiez naviguer sans danger au milieu des corsaires littéraires ! J’ai fait insérer dans la Gazette officielle de Berlin (Berliner Staatszeitung), un petit éloge de votre ouvrage.
Vous voyez que je ne néglige pas vos intérêts et que même, par amour pour vous, je me fais journaliste. Vous avez oublié de dire dans le prospectus, si vos gravures sont lithographiées, comme je le crains, et si elles sont coloriées, ce (pii me parait peu nécessaire. Vos superbes
1 Ce sont les lignes suivantes qui donnèrent lieu à cette protestation de Humboldt. Après avoir nommé toutes les personnes qui lui étaient venues en aide, soit par l’envoi de spécimens, soit d’une autre manière, Agassiz ajoute : « Enfin M. de Humboldt m’a communiqué « des notes très importantes sur les poissons fossiles et fait parvenir « des encouragements tels que je craindrais, en les énumérant, de « blesser la délicatesse de celui qui me les a prodigués. »