CHAPITRE VII
dessins originaux sont-ils restés votre propriété, ou sontils compris dans la vente de votre cabinet?...
Je n’ai pu me servir de votre lettre au roi, cher ami, je l’ai supprimée. Vous avez été mal conseillé pour les formes. j Erhabener Kônig est une tournure beaucoup trop poétique et nous avons ici les formes les plus prosaïques et les plus avilissantes. M. de Pfuel doit avoir quelque Archi-Prussien avec lui, qui vous arrangera la formule de la lettre. Il faut en haut : Aller dur chlaùchtigster, grossmàchtigster Kônig , aller gnadigster Kônig und Herr. Puis vous commencerez, Euer kôniglichen Majestat wage ich meinen lebhaftesten Dank fier die aller gnddigst bewilligte Unterstïitzung zmn Ankauf meinerSammlung fur das Gymnasium in Neuchâtel tiefgerührt aller unterthdnigst zu Füssen zu legen. Wüsste ich zu schreiben, etc. Le reste de votre épître était très bien; mettez seulement, so vieler Gnade zu entsprechen à la place de so vieler Gâte. \ ous terminerez par les mots : Ich ersterbe in tiefster Ehrfurclit Euer Kôniglichen Majestat allerunterthanigster, getrmster. Le tout en petit folio, cacheté; dehors : An des Kônigs Majestat, Berlin. Envoyez la lettre, non à moi, mais par la voie officielle de M. de Pfuel '.
La lettre au roi n’est pas absolument nécessaire, mais elle fera plaisir, le roi aimant beaucoup ce qui lui vient d’affectueux d’un pays qui est devenu le vôtre1 2. Cela sera utile aussi pour la demande de l’achat de quelques exemplaires, que nous ferons au roi dès que le premier cahier aura paru. Si je vous avais procuré le nom du roi aujourd’hui (ce qui même m’aurait été difficile, le roi détestant les souscriptions), nous aurions gâté l’affaire qui va suivre. Il me paraîtrait aussi très convenable que vous
1 Ces formules ne sont plus en usage. Elles appartiennent à une génération passée.
2 Neuchâtel était alors une principauté ayant pour souverain le roi de Prusse.
AGASSIZ A NEUCHATEL
écriviez une lettre de remerciement à M. Ancillon. Ne croyez pas qu’il soit trop tard. O11 lui écrit : « Monsieur, et non comme autrefois : Votre Excellence. » Je vous écris la lettre la plus pédantesque du monde, à vous qui m’avez envoyé des lignes pleines de charmes. 11 doit vous paraître ridicule que je vous écrive en français, quand vous, Français d’origine, ou plutôt de langue, vous préférez m’écrire en allemand. Dites-moi, de grâce, avezvous donc appris comme enfant la langue allemande que vous l’écriviez avec autant de pureté ?
Je suis heureux de voir que vous publiez tout à la fois. Le morcellement d’un tel ouvrage vous aurait forcé à des lenteurs sans fin; mais, de grâce, soignez vos yeux; ce sont les nôtres. Je n’ai pas négligé les souscriptions en Russie, mais je n’ai point encore de réponse. J’ai placé comme au hasard sur ma liste le nom de M. de Buch. Il est absent; on croit qu’il va cet automne en Grèce. De grâce, faites-vous une règle de 11e pas faire des cadeaux de votre ouvrage; si vous vous laissez aller sur cette pente, vous êtes pécuniairement perdu.
J’aurais bien voulu assister à votre cours. Ce que vous m’en dites m’enchante; cependant je vous aurais fait la guerre sur ces métamorphoses du globe terrestre qui se sont glissées même dans votre titre. Je vois par votre lettre que vous tenez à l’idée der inneren Lebensprozesse der Erde , que vous regardez les suites des formations comme les différentes phases de la vie, les rochers comme les produits de métamorphoses. Ce langage symbolique, je pense, doit être employé avec bien des réserves. Je connais cette manière de voir de l’ancienne Naturphilosophie , je l'ai examinée sans préjugé; mais rien ne me parait plus différent de la métamorphose d’un végétal pour former le calice ou la fleur, que la formation successive de couches, de conglomérats. Il y a de l’ordre dans les couches superposées, dans l’alternance quelquefois des mêmes substances,