‹ Louis AgassizChapitre 84 sur 387 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

une cause intérieure, même un développement successif, partant d’un centre de chaleur; mais peut-on appliquei à tout cela le terme de vie? Le calcaire n’engendre pas le grès. Je ne sais aucunement s’il existe ce que les physiologistes appellent une force vitale, différente des forces physiques que nous reconnaissons dans la matièie, ou opposée à elles. Je pense que le Lebensprozess n’est qu’un mode particulier d’action, de limitation de ces 'forces physiques, action que nous n’avons point encore approfondie. Je crois qu’il y a des orages nerveux (électriques), comme ceux qui embrasent l’atmosphère, mais cette action particulière que nous appelons organique, dans laquelle chaque partie devient cause et effet, me parait distincte des changements qu’a subis notre planète.

Je termine, car je sens que je vous contrarie, et je vous aime trop pour courir cette chance. D ailleurs, un homme supérieur comme vous, mon cher ami, plane au-dessus des objets et laisse quelque marge au doute philosophique.

Adieu; comptez sur le peu de vie qui me reste et sui mon tendre dévouement. A vingt-six ans, avec tant de savoir, vous ne faites qu’entrer dans la vie, et moi, je nie prépare à en partir, laissant ce monde bien autre que je

ne l’espérais dans ma jeunesse.

Je n’oublierai pas votre désir à l’égard du Bichi) et du

Lepidosteus.

Pensez toujours que vos lettres me procurent une jouissance bien vive

P.-S. Prenez bonne note du nouveau cahier de Poggendorf dans lequel vous trouverez de belles découvertes microscopiques d’Ehrenberg sur la différence de stiucture du cerveau et des nerfs qui régissent le mouvement, comme sur les cristaux qui forment la partie argentée du ventre de YEsox lutins....'

1 Le brochet.

AGASSIZ A NEUCHATEL

En octobre 1833, Agassiz célébra son mariage avec MIle Cécile Braun, sœur de son fidèle ami Alexandre Braun. 11 emmena sa femme à Neuchâtel, où ils occupèrent un petit appartement et se mirent en ménage le plus simplement possible, avec toute l’économie exigée par la modicité de leurs ressources. Mrae Agassiz avait pour le dessin un beau talent qui, jusqu’alors, avait été mis à la disposition de son frère pour ses ouvrages de botanique et qui trouva ici un nouveau champ d’activité. Habituée à une grande exactitude par ses dessins d’histoire naturelle, elle avait en outre l’œil d’une artiste pour saisir la forme et la couleur. Quelques-uns des meilleurs dessins des « Poissons fossiles » et des « Poissons d’eau douce » ont été faits par elle.

Pendant l’été, Agassiz ne cessa pas de s’occuper de son ouvrage, malgré l’état de sa vue; ses deux dessinateurs, M. Dinkel, à Paris, et M. Weber, à Neuchâtel travaillaient constamment à ses planches.

Quoiqu’il ne fût alors âgé que de vingt-six ans, nous voyons par sa correspondance que l’intérêt des savants de l’Europe entière se portait déjà sur lui et sur son ouvrage. Des hommes distingués, tant de son propre pays que de France, d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre et même d’Amérique, l’Eldorado lointain des naturalistes de cette époque, lui faisaient des offres de coopération, accompagées de poissons fossiles et de dessins de spécimens rares ou uniques. Il était connu dans tous les musées d’Europe comme un travailleur et un collectionneur infatigable, cherchant partout des matériaux pour ses études.

Parmi les lettres de cette date, il en est une de

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