‹ Louis AgassizChapitre 89 sur 387 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

« au commencement du cinquième chapitre, il n est « pas moins évident, pour tout observateur attentif,

« qu’une seule idée a présidé au développement de « la classe entière et que toutes les déviations se « laissent ramener à un plan primitif, si bien que, si « le fil parait quelquefois interrompu dans la création « actuelle, on peut ordinairement le renouer dès que « l’on aborde le domaine de l’ichthyologie lossile. » Après avoir démontré comment la création actuelle lui donne la clef des créations passées, comment les squelettes complets des poissons vivants ont permis de reconstituer les débris épars des poissons lossiles, particulièrement de ceux dont la structure molle et cartilagineuse était exposée à la décomposition, il présente deux manières d’étudier le type dans son ensemble, soit par l’anatomie comparée, soit pai l’embryologie comparée. « Les résultats de ces deux méthodes, ajoute-t-il, se complètent et se contrôlent mutuellement. » En effet, dans toutes les recherches subséquentes d’Agassiz, l’histoire de l’individu dans ses phases successives marche toujours de front avec l’histoire du type. Il contrôlait toujours ses résultats zoologiques par des investigations embryologiques.

Après une description précise du développement embryologique de la corde dorsale, il établit un ceitain parallélisme entre les degrés comparatifs de développement de la colonne vertébrale parmi les différents groupes de poissons, et les phases de son développement embryonique chez les poissons d’une conformation plus relevée. Il démontre ensuite la même coïncidence dans le système des nageoires. « Il « y a donc, dit-il, une certaine analogie ou plutôt un

AGASSIZ A NEUCHATEL

« certain parallélisme à établir entre le développe- « ment embryologique des Cycloïdes et des Ctenoïdes « et le développement génétique ou paléontologi- « <[ue de toute la classe. Envisagée sous ce point de « vue, nul ne contestera que la forme de la caudale « ne soit d’une haute importance pour les considéra- « lions zoologiques et paléontologiques, puisqu’elle « démontre que la même pensée, le même plan, qui « préside aujourd’hui à la formation de l’embryon, « s’est aussi manifesté dans le développement suc- « cessif des nombreuses créations qui ont jadis peuplé « la terre. »

Ceci n’est pas en désaccord avec la position qu’il prit plus tard comme principal antagoniste de la théorie darwinienne de la transformation. Açassiz admettait bien un développement, mais celui d’un plan qui se manifeste par la structure des êtres et non par la transformation d’un organisme en un autre. Il envisageait que le progrès était dû à une cause intelligente et non pas aux simples forces de la matière, et il résume ainsi ses convictions au sujet de cette question : « De pareils faits proclament « hautement des principes que la science n’a pas « encore discutés, mais que les recherches paléonto- « logiques placent sous les yeux de l’observateur avec « une insistance toujours croissante. Je veux parler « des rapports de la création avec le Créateur. Des « phénomènes étroitement liés dans l’ordre de leur « succession et cependant sans cause suffisante en « eux-mêmes de leur apparition ; une diversité infinie « d’espèces, sans lien matériel commun, se groupant « pour présenter le développement progressif le plus

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