CHAPITRE VIII
1834-1837 — 27 à 30 ans
Première visite en Angleterre. — Générosité des naturalistes anglais. Premiers rapports avec les savants d’Amérique. — Lettre à Humboldt. — Second séjour en Angleterre. — Poissons fossiles et autres publications. — Premières observations sur les glaciers. — Visite à J. de Charpentier. — Vente des dessins originaux des « Poissons fossiles ». — Réunion de la Société helvétique des sciences naturelles. — Discours sur la période glaciaire. — Lettre de Iiumboldt et de L. de Buch.
Au mois cl’août 1834, Agassiz, suivant son ardent désir, se rendit en Angleterre, où il fut reçu avec une cordiale sympathie par les savants de ce pays; on ne lui laissa ni un jour, ni une heure de loisir pendant le court séjour qu’il y lit. Parmi les nombreuses lettres qui lui furent adressées, dès son arrivée, pour lui offrir l’hospitalité et les services dont il pouvait avoir besoin, nous choisissons la suivante :
Le docteur Buckland à Louis Agassiz.
(Trad. de l’anglais.)
Oxford, le 26 août 1834.
Je suis charmé d’apprendre votre heureuse arrivée à Londres et vous écris pour vous prévenir que je me trouve
AGASSIZ EN ANGLETERRE
à Oxford, où je serai très heureux de vous recevoir et de vous offrir un lit dans ma maison, si vous pouvez venir immédiatement. Demain après midi, j’attends M. Arago et M. Pentland. Je serai extrêmement heureux de vous faire voir notre Musée d’Oxford et d’aller avec vous du côté d’Edimbourg. Sir Philip Ègerton a, près de Chester, une belle collection de poissons fossiles que vous devriez visiter en route. Je lui ai à peu près promis d’être chez lui lundi, lor septembre; mais je pense qu’il serait désirable pour vous d’y aller samedi, afin d’avoir le temps de faire des dessins de ses poissons fossiles. Avant d’avoir vu M. Arago, je ne puis pas dire sûrement quel jour je partirai d’Oxford; j’espère que vous le trouverez chez moi à votre arrivée et que je vous verrai mercredi soir ou jeudi matin. Venez, je vous prie, dans ma maison de Christchurch avec votre bagage, dès que vous arriverez à Oxford
Agassiz se rappelait toujours avec le plus grand plaisir sa première visite en Angleterre. Ce fut le commencement des rapports d’amitié qu’il conserva toute sa vie avec Buckland, Sedgwick, Murcliison, Lyell et plusieurs autres savants. Reçu avec empressement dans bien des familles, il pouvait à peine faire face aux nombreuses invitations qui suivirent la réunion d’Edimbourg.
Les poissons fossiles pleuvaient littéralement sur lui. Guidé par Buckland, qui connaissait non seulement toutes les collections publiques et particulières, mais peut-être encore chaque exemplaire rare du royaume, il allait de trésor en trésor. Chaque jour amenait de nouvelles découvertes, jusqu’à ce que sous l’accumulation de tant de faits auxquels il n’avait pas été initié, il se vit obligé de recommencer